Harvey Milk de Gus Van Sant


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Le gay pouvoir



Film engagé, Harvey Milk montre l'oppression des homos et la lutte pour la reconnaissance de leur droits, dans une reconstitution méticuleuse du San Francisco des 1970's, avec un Sean Penn génial, déjà oscarisé. Gus Van Sant parvient à trousser un habile biopic d'utilité publique, assez prévisible mais élégant.
Après la tétralogie Gerry/Elephant/Last Days/Paranoid Park, tournée vers l'adolescence et l'expérimentation formelle, Gus Van Sant remet un peu de classicisme dans son cinéma avec Harvey Milk. A travers ce biopic, le réalisateur s'intéresse au premier homme politique américain ouvertement gay à avoir été élu à des fonctions officielles. Le film retrace les huit dernières années de l'existence d'Harvey Milk, commentées par Milk (Sean Penn) lui-même, peu avant son assassinat, en 1978. De manière classique, Gus Van Sant remonte le cours du temps, chronologiquement, en partant du début des années 1970, quand Milk ouvre son petit magasin de photo avec son amant, dans le quartier de Castro, San Francisco. Reconstitués avec minutie, le lieu et l'époque sont dépeints dans des tons bleutés, délavés comme des jeans, avec un grain et un filmage nerveux vintage, façon Nouvel Hollywood : écran splitté, montage « arty » intercalant des photos et des images d'archives dans le récit.

 

L'ascension de Milk commence par un coup réussi, le boycott de la bière Corrs dans le Castro. La suite sera plus difficile, marquée par deux campagnes du politicien homosexuel pour le poste de superviseur au conseil de San Francisco, soldées par deux échecs, et des inimitiés. Avant, bien sûr, la grande victoire. Comme dans la majorité des biopics, le film confronte le destin exceptionnel du héros à sa vie personnelle accidentée et solitaire - le lot des martyrs. Gus Van Sant réussit de belles scènes intimes, surtout dans la première partie du film (James Franco shooté en noir et blanc, Emile Hirsh dragué dans la rue par Sean Penn), qui dessinent un portrait de Milk en séducteur drôle et félin, à la violence sans cesse contenue. Ensuite, ses amours sont sacrifiées sur l'autel de l'ambition politique (le duel avec le superviseur catholique Dan White, excellent Josh Brolin), et relégués par Van Sant au second plan : en effet, se battre pour les droits des homosexuels est un job à plein temps, dans une Amérique pré-Reagan très conservatrice. Outre les violences physiques qu'ils risquent en s'affichant dans la rue, et le rejet de leur famille, les gays qui osent faire leur coming out à cette époque perdent fréquemment leur emploi. Le sénateur ultra conservateur de Californie, sur les traces de l'effrayante passionara bigotte Anita Bryant, souhaite alors faire passer un projet de loi (la sinistre Proposition 6) visant à interdire les homosexuels d'enseigner dans les écoles publiques, et à licencier les gays notoires et leurs défenseurs. Un véritable appel à la délation.

 

Gus Van Sant montre un Milk sans cesse partagé entre rage sincère (il fustige cette chasse aux sorcières anti-homo), et jeu politique malin (changement de look, alliances, programme anti-crotte de chien), passage obligé de l'activisme de terrain à la crédibilité dans les urnes. Malgré un schéma prévisible et un aspect « film d'utilité publique » plombant sur la fin, le cinéaste réussit un biopic personnel et élégant, avec un Sean Penn virevoltant.

Harvey Milk
De Gus Van Sant
Avec Sean Penn, Emile Hirsch, Josh Brolin, James Franco
Sortie en salles le 4 mars 2009

 

Illus. © SND

Eric Vernay
Le 02 March 2009
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