Hellboy 2 : les légions d'or maudites de Guillermo del Toro


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Love and guns



Hellboy 2 : Les légions d'or maudites, un titre qui sonne comme du Tolkien. Pas à un hasard : parti dans un trip fantasy, Guillermo Del Toro s'est fait plaisir en combinant ses passions. On craignait le pire, on tutoie modestement le sublime. Attention : film d'amour.
Le plus badass et fleur bleue des super héros est de retour. Et brûlons les étapes : on est pas loin du chef-d'œuvre. Hellboy était une réussite, un film d'une ambition visuelle démentielle où le moindre plan est composé avec une rigueur d'architecte. C'est vrai, sa structure scénaristique est trouée de moments faibles, de flottements où le récit explore le quotidien du héros, ses dilemmes existentiels et sentimentaux, parfois avec un humour éculé - et Hellboy 2 suit la même voie. D'où cette sensation un peu molle d'absence de pics narratifs, un manque de suspense ou d'enjeux spectaculaires, que l'on retrouve d'habitude chez Marvel et DC où l'intime converge vers des thèmes classiques - un abrégé de la tragédie antique à l'aune du blockbuster hollywoodien. Car Hellboy et sa suite diffèrent des autres adaptations. Ils ne visent le débordement discursif que pour réitérer la figure du freak, condamné à l'anonymat pour son apparence et sa vérité, quand il rêve d'être reconnu pour ses exploits et vivre normalement. C'est leur rare quête de sens, qui en appelle moins à la tolérance ou une éloge de la différence, qu'à nous peupler de ces bestiaires réelles ou imaginaires dont Del Toro est amoureux et où il se situe.

Rond et plein comme la bedaine rassurante de son réalisateur, Hellboy 2 est voué au plaisir : une œuvre d'introverti, vivant dans le confort de son petit temple personnel, avec ses jouets déballés généreusement. Ainsi même ses références à l'Heroic Fantasy, a priori exogènes et pas du meilleur goût, finissent par s'homogénéiser et convaincre - comme une symbiose des passions de Del Toro. Malgré son trip rôliste teinté d'animisme, proche parfois du Labyrinthe de Pan, le film s'avère un tel sommet d'inventivité esthétique qu'on lui pardonne ses airs de Seigneur des Anneaux. Quelques moments, n'en citons qu'un : Hellboy escaladant un immeuble pour affronter un démon végétal qui en se désintégrant recouvre le macadam de végétation, sont d'une telle poésie que le film confine au vertige. Mais il y a plus : avec son intrigue minimale concentrée sur les affaires de coeur des personnages, Hellboy 2 se révèle une vraie comédie romantique. Un film de midinette rêvant de princesse au cœur pur ou de passion amoureuse survivant au quotidien. Et cette pureté des sentiments, très naïve, contaminant l'action de partout, se déplie avec une légèreté et une tendresse telles qu'on fond comme des guimauves (ou pas). Hellboy 2, c'est que de l'amour.

Hellboy 2 : Les légions d'or maudites
De Guillermo Del Toro
Avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones
Sortie en salles le 29 octobre 2008

Illus. © Paramount Pictures France

 

Jérôme Dittmar Le 27 octobre 2008
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