Hero de Zhang Yimou

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Harmonie du milieu

Zhang Yimou est un petit maître de la carte postale, et il ne faudrait pas trop s'en plaindre. Une carte postale n'est-elle pas l'incarnation idéale d'un lieu, d'une lumière ? L'image parfaite du fantasme d'une ville, d'un pays ?

Le cinéaste chinois Zhang Yimou réunit un casting « all stars » des plus beaux visages du cinéma chinois : Tony Leung, Maggie Cheung, Zhang Zi-yi, Jet Li, et Donnie Yen. Le haut de l'affiche, il ne se refuse rien. Puis il prend à son service l'un des meilleurs chorégraphes du cinéma d'action, le grand maître Tony Ching Siu-Tung (Histoires de fantômes chinois, Duel to the death), et l'un des meilleurs chefs opérateurs en activité à Hong Kong, le gweilo (l'étranger) Chris Doyle, collaborateur habituel de Wong Kar Wai. Le gouvernement chinois finance largement : la classe. Les décors, c'est la Chine : parfait. Les costumes, c'est la costumière de Ran de Kurosawa : on apprécie.

L'histoire ? Pourquoi faire ? Elle se résume à un scénario à plusieurs voix dans la veine de Rashomon (encore Kurosawa !). Divers points de vue racontent comment trois assassins - deux hommes (Tony Leung, toujours trop beau, et Jet Li, toujours aussi athlétique) et une femme (Maggie Cheung, divine) - essaient d'attenter à la vie d'un empereur qui, quelques centaines d'années avant notre ère, combat pour réunir sous une même bannière différents royaumes en lutte (L'empereur et l'assassin de Chen Kaige s'inspirait des mêmes événements historiques, mais avec un développement tout autre). Chacun est un bretteur de haut vol et manie l'épée avec une dextérité foudroyante. Il est aussi beaucoup question de calligraphie, de son lien avec l'art du combat. Spirituel.

Tout est trop beau dans Hero : les décors, les costumes, les comédiens, les combats. C'est un éloge du cadre, du plan rectiligne. Tout se réfléchit dans la géométrie des surfaces, des matières, des couleurs ou de l'espace. Chaque scène doit se dessiner dans un idéal de beauté et d'équilibre. Zhang Yimou est à la recherche d'une harmonie. Les combats créent des courbes lentes et virevoltantes où les corps résonnent avec la musique ou le son, dans un ballet qui donne également à voir l'espace mental des personnages. Chaque plan résonne de symboles, d'une poésie presque outrancière. Les couleurs, rouge, blanc ou vert, qui inondent tout, décors, costumes, lumières, ont une valeur allégorique : le rouge pour la chance, le blanc pour la mort, le vert pour la vérité. La narration vise constamment le rythme parfait, elle cherche à épuiser toutes les pistes, à se boucler sur elle-même. Hero est un film clos, une carte postale dont les bords arrêtent forcément la vision dans un idéal de contemplation fermé.

Equilibre, harmonie et surtout stabilité. La poésie visuelle immédiate et énorme de Hero, ce n'est que ça. Comment la spiritualité du combat entre en résonance avec l'écrit, la quête de la représentation idéale de l'invisible (Kurosawa toujours). Et comment cette recherche spirituelle doit conduire à la paix, à la réunification du peuple chinois sous un même ciel.

Film « démago », vaguement politique pour flatter le gouvernement qui arrose ? Mauvais débat. Hero est avant tout une étude esthétique, où tous les éléments se combineraient dans une parfaite alchimie, à l'image de Tony Leung à la poursuite du tracé idéal du mot « épée ». Art de la guerre peut-être, travail spirituel sans doute. Hero est un film flatteur, boursouflé. Un film exportable, convenable, pour se montrer en Occident, signé par celui dont on connaît bien les méchants mélodrames plutôt ennuyeux. Mais qu'importe, le cinéma n'aime pas la politique et elle lui a bien trop souvent fait radoter les même inepties par ceux qui les acclament, les films politiques. Le rapport du cinéma à la politique ayant été de toute manière toujours ambïgu, laissons ça à l'Amérique, qui sait y faire en matière de cinéma et de politique, pour le meilleur et pour le pire. Hero est un film d'esthète, de peintre frustré au service du gouvernement qui se retrouve à filmer du cinéma de fausse propagande, en y semant suffisamment d'ambiguïtés pour que l'Histoire ne s'efface pas. Ivre de peinture, Hero est une superproduction qui se souvient des fresques de Hollywood. Il pointe l'avenir résolument chinois du monde en nous ouvrant les portes de son passé. Malgré tout, ce n'est pas ça qui nous rendra Aoi Haru, l'un des plus beaux films du monde de Toyoda Toshiaki, avec sa musique signée de Thee Michelle Gun Elephant, mais ce n'est déjà pas si mal.

Hero
Chine - Hong Kong, 2003, 1h39
Réalisateur : Zhang Yimou
Chorégraphe : Tony Ching Siu-Tung
Interprètes : Tony Leung Chiu Wai, Maggie Cheung Man-Yuk, Jet Li Lian-Ji, Donnie Yen Chi-Tan, Zhang Zi-Yi

Jérôme Dittmar Le 22 September 2003

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