Holy Smoke de Jane Campion

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Déprogrammation spirituelle

On attendait ce Jane Campion parce que l'échec de Portrait de femmes n'avait pas tout à fait effacé le bon souvenir d'Une leçon de piano, qui ne vieillissait pas si mal (sans parler de Un ange à ma table, ou Sweetie...). Mais pourtant, force est de constater que la grande forme n'est toujours pas là. On serait même plutôt tenté de croire à un gros coup de fatigue.

Il est de ces films qui donnent parfois le sentiment d'être atteints, "malades". Un microbe s'infiltre dans leur organisme lors de la préparation, et finit par en gangrener les promesses. On peut ainsi avoir une bonne réalisatrice (ici Jane Campion) et deux excellents acteurs (Winslet et Keitel), cela n'y change rien. Holly Smoke ressemble au grand film raté de Boorman : Tout pour réussir (et pourtant non !) ou à celui de Gus Van Sant : Even Cow-Girls get the blues. Ce sont des films qui commencent sur de bonnes bases et qui n'ont aucune raison de flancher, mais qui pourtant, irrémédiablement, se cassent la figure… On obtient alors des objets plutôt bizarres, décalés (le décalage n'étant pourtant pas une mauvaise chose en soit) mais totalement inconsommable.

Dans Holly Smoke, on voudrait nous intéresser à l'histoire d'une jeune australienne : Ruth, qui découvre la foi lors d'un voyage en Inde. Seulement, ses parents ne sont pas du même avis et pour lutter contre ce qu'ils croient être un "envoûtement" ils vont engager un américain : P.J. Waters, spécialiste de la "déprogrammation spirituelle" qui se donne trois jours pour "désenvoûter" la jeune fille. Il accomplira sa tâche mais pour se découvrir, à son tour, envoûté par Ruth…

Las, cette fameuse "déprogrammation" rapide et miracle dont on ne cesse de nous annoncer la venue est "réellement" rapidement expédiée. Trois, quatre conversations et un documentaire sur le suicide collectif des sectes suffisent à venir à bout de Ruth, l'habitée. Et le film d'enchaîner sans complexe sur une histoire d'amour bizarre entre la jeune fille et le vieux dragueur (Keitel, assez "rock'n'roll") où les acteurs cabotinent sans complexe et voudraient nous faire croire qu'ils se donnent à fond (Keitel en robe et maquillé, c'est certainement une expérience assez proche de la découverte de la foi !). Seulement, la réalisatrice ne respecte rien : ni la religion (la foi apparaît comme un clip vidéo numérique digne des raves techno d'Ibiza), ni ses personnages (voir la rapidité avec laquelle Ruth change d'avis), ni son sujet (on passe d'une histoire de religion à une intrigue amoureuse sans aucune transition).

Bref, Campion voudrait cacher son absence de véritable sujet derrière une pointe (une sacrée pointe et bien appuyé même !) de burlesque, pour ne déboucher finalement que sur un brouillon complètement informe.

Holy smoke
De Jane Campion
Avec Harvey Keitel, Kate Winslet, Pam Grier
Etats Unis / Australie, 1999, 1h55.

Yves Le Corre Le 24 November 1999

Sur le web : - Lire la chronique de Sweetie (2003). - Lire la chronique de Un ange à ma table (2003).