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Irène (Audrey Tautou) pense que Jean (Gad Elmaleh), serveur timide d'un hôtel luxueux, est un richissime homme d'affaires, donc une proie potentielle. Aventurière à la recherche de la belle vie et d'un mariage sécurisant, elle déchante vite et l'oublie aussi sec. Mais Jean est amoureux...
Lubitsch touch
A une exception près (Les marchands de sable, commande d'Arte), Pierre Salvadori ne fait que des comédies. Celle-ci, remarquablement servie par le scénario (co-écrit avec Benoît Grafin), la réalisation, et le montage de son auteur, est sans doute la plus aboutie. Tout s'y agence remarquablement, sans que rien ne dépasse , ni ne manque. En cela, il se rapproche des canons du maître fréquemment cité en référence : Ernst Lubitsch.

Fausse innocence
Fruit d'une belle mécanique de précision, le rire y est, en conséquence, plus réfléchi que spontané. Et grâce au couple «impossible», Elmaleh / Tautou, qui fonctionne à merveille et contamine le film de son charme faussement innocent, cela n'altère pas notre plaisir.
Sincère et maladroit, Jean communique avec son corps. Sa gestuelle évoque les meilleurs représentants du muet (Buster Keaton). Raides et mécaniques, ses mouvements, comme mus par une énergie pavlovienne, soulignent sa dépendance au regard et à la volonté du «dominant». Son habitude d'obéir («à force de dire oui, je n'ose plus dire non», explique-t-il) stigmatise sa place sociale. Toujours au service des autres, sa relative autonomie, durement gagnée, se traduit par l'acquisition d'une fluidité en adéquation avec son nouveau rôle.
Cette assurance des nantis, Audrey Tautou, feint de la posséder totalement. Maîtresse d'elle-même et des autres, sa prestation insuffle une belle énergie au récit et met en évidence ses qualités de comédienne : passant avec une facilité déconcertante d'une gamme à l'autre des sentiments, son cynisme fait mouche et élargit sa palette d'une manière assez inattendue.
Prostitution des âmes
Fluide, rythmée, souriante, cette ballade dans les hôtels de grand luxe dissimule pourtant sa part d'ombre. En effet, sous le vernis de la comédie, le noyau dur sur lequel s'articule le scénario est bien moins poli, voir franchement abrupt. La classe dominante, agréable tant qu'elle n'est pas contredite, y retombe toujours sur ses pieds. Et si elle consent à passer pour le dindon de la farce, c'est qu'elle estime que le jeu en vaut la chandelle et qu'elle a la certitude de conserver le vrai pouvoir : celui du chéquier. A l'opposé, quand le réceptionniste prend l'empreinte de la carte bleue de Jean, c'est le bruit d'une guillotine qui fend l'air...
L'argent implique donc une extrême violence dans les rapports humains et s'oppose frontalement à la légèreté apparente de l'histoire. Entre le matérialisme absurde d'une jeune fille aux rêves préfabriqués, l'inadaptation des gentils, ou la nécessité de jouer le jeu au risque de perdre son âme, la vision du monde exprimée par Pierre Salvadori est très sombre. Et même lorsque surgit l'éclaircie, c'est d'un sentiment négatif, la jalousie, qu'elle provient...
«Je dis, argent, trop cher,
trop grand
La vie n'a pas de prix»
Téléphone

Hors de prix
Réalisé par Pierre Salvadori
Avec Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Marie-Christine Adam
Sortie en France : 13 décembre 2006
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