Hostel - Chapitre II de Eli Roth

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L’été, les vacances et Hostel - Chapitre II. Remercions Eli Roth, champion du retournement, pour ce nouvel essai critique sur le capitalisme, la mondialisation et notre fascination pour la violence. Jeunesse décadente, ce film est pour toi.

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Revoilà le Michael Haneke du bis, fêtons son retour, achetons des pétards, osons même le feu d’artifice, c’est de saison. Après tout, les films d’Eli Roth sont tout aussi inutiles et bruyants quoique moins agréables à regarder. Parce que bon, si Cabin Fever, Hostel, et maintenant Hostel II font du bruit pour se faire remarquer à coup de transgressions et de retournement dialectique, c’est toujours pour pas grand chose. Une manière d’épater le chaland, le blasé du film d’horreur, qu’Eli Roth vient titiller dans ses plus bas instincts en fin manipulateur autoproclamé. C’est ce qui est beau avec les vrais imbéciles, ils se croient toujours intelligents, c’est connu. Et notre ami Eli c’est un sacré malin, l’Adorno de la pop culture, le Debord de la série Z.

Avec Hostel II, variation au féminin d’Hostel, Roth signe donc une nouvelle petite analyse cool du capitalisme et de nos rapports aux images. Car la grande question d’Hostel tient à ce bon vieux raisonnement : qui est le plus coupable, celui qui vend ou celui qui achète ? Celui qui paie pour voir ou celui qui met en image ? En bref, à qui profite le crime ? Mais resituons pour ceux qui seraient passés à côté du premier épisode. Hostel est un grand film théorique qui raconte comment la jeunesse américaine, insouciante et pleine de préjugés, se trouve prise dans les filets d’obscurs mafieux slovaques qui kidnappent des teenagers pour les livrer à d’atroces séances de tortures payées par de richissimes hommes d’affaires internationaux. Hostel c’est ni plus ni moins que la mondialisation passée au filtre du film de torture. Une sorte de Funny Games décomplexé qui voudrait vous renvoyer à votre propre autorité morale. C’est beau, on pense.

On pourrait expliquer les choses autrement, dire par exemple qu’Hostel c’est la rencontre du teen movie et du snuff. Une manière de plonger le premier dans le second par pure perversion sadienne (au mieux). Dans Hostel II, mieux foutu que le précédent, les filles ont donc remplacé les garçons. Elles ne font pas du tourisme pour baiser (quoique un peu), mais pour se détendre, se cultiver, bref elles sont moins vénales, leurs préjugés jouent d’abord sur une ambiance locale (Slovaquie toujours, forcément inquiétante et pleine de types louches). Eli Roth, parfaitement cynique, continue ainsi de jouer avec le point de vue américain et son colonialisme non déclaré. Pareil à Hostel, il structure cette suite comme une balade touristique puis plonge ses personnages dans l’horreur. À la différence que désormais, on suit aussi les bourreaux, un père de famille bien sous tous rapports, timide et complexé, et son ami à fond dans le truc, très excité à l’idée de torturer des teenagers. Le point de vue des bourreaux, ça change évidemment tout et rien à la fois.

Pourquoi ça ne change rien ? Parce que peu importe, tout peut s’inverser, les victimes deviennent des bourreaux et les bourreaux des victimes. Il n’y a pas de moral, tout n’est qu’une question d’argent. Celui que les personnages paient pour torturer et celui que le spectateur donne en échange de son petit frisson gore, trop content d’avoir ce pour quoi il est venu. Comme la meilleure séquence du film qui montre comment les filles sont mises au enchères façon eBay (scène d’ailleurs soufflée par Tarantino), on se paie Hostel sans conséquence et Eli Roth nous renvoie notre sadisme en plein visage. On aurait pu appeler ça aussi distanciation critique, sauf que chez lui on dirait plutôt escroquerie intellectuelle. Tout ce petit discours sur le capitalisme, la mondialisation et notre fascination morbide, étant sans cesse renversé par le fait que cette manière de ne pas juger pour renvoyer le spectateur à lui-même, ne cache que la propre complaisance d’Eli Roth devant son petit manège. Comme Debord avec La société du spectacle (le film), il ne s’est pas cacher sa propre fascination pour les filles nues et la violence. À la rigueur, contrairement à Haneke qui joue toujours les moralistes, on peut dire au moins que Roth est plus explicite, découper des filles en morceaux ça le fait vraiment bander. Comme ça c’est clair.

Hostel - Chapitre II
De Eli Roth
Avec Lauren German, Roger Bart, Bijou Phillips, Richard Burgi
Sortie en salles le 11 juillet

Illus. © Gaumont Columbia Tristar Films

Jérôme Dittmar Le 09 July 2007

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