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Hôtel Rwanda raconte un épisode - plutôt heureux - du génocide rwandais. Pourtant cette simple envie ne peut exister sans une claire conscience de ce qu'on veut dire. Comment construire les images ? Comment placer sa caméra pour narrer une si grande atrocité ? Pour seule réponse, Terry George prend le parti de l'émotion et du spectacle.
Terry George choisit aujourd'hui de raconter un épisode du génocide rwandais. On comprend cette volonté première de dire, de faire savoir l'horreur pour que « plus jamais ça ». L'optique - peut-être un peu présomptueuse - est de mettre les Occidentaux en face de leur responsabilité et de leur inaction. Pourtant cette simple envie ne peut exister sans une claire conscience de ce qu'on veut dire. Comment choisir les images ? Comment placer sa caméra face à une si grande atrocité ? Il faut se poser la question avant même d'aborder le sujet au risque de littéralement médire voire de mémontrer... D'autant que le réalisateur, déjà responsable (en tant que scénariste) du larmoyant Au Nom du Père (1993) sur le conflit en Irlande du Nord, est familier des causes perdues traitées à grand renfort de pathos...
Ainsi Hôtel Rwanda nous apporterait la vérité, la culpabilité qui l'assortit et le pardon qui va avec. Première fiction cinématographique sur le sujet, il comblerait tant d'années de silence occidental... Mais suffit-il de montrer, de faire une grosse production - britannique, sud-africaine et italienne - aux parfums hollywoodiens et sertie de stars (Jean Réno, Nick Nolte...) pour que d'un coup, tous soient pardonnés ? Il y a quelque chose de gênant dans la manière dont Terry George s'empare de l'Histoire et donne la leçon. Peut-être parce qu'il regarde ici seulement sous le prisme du sujet formidable et vendeur. A l'image de sa jubilation quand il rencontre celui qui inspira ce scénario : « Il y a trois ans, Keir Pearson [le producteur, ndlr] et moi étions assis à une table, à écouter Paul Rusesabagina nous raconter son histoire. Alors qu'il parlait, j'ai fait de mon mieux pour cacher deux émotions contradictoires : l'excitation et la peur. L'excitation, parce que l'histoire que j'entendais avait tout pour faire un film formidable - c'était un thriller politique passionnant, un film d'amour profondément émouvant, et surtout une histoire universelle, celle du triomphe d'un homme de bien sur le mal. Mais l'émotion prédominante était la peur. La peur de l'échec. ». Il y a dans ces mots, rapportés dans le dossier de presse, l'impression que le réalisateur se sert plutôt qu'il ne cherche à servir son sujet. Ainsi ne s'étonne-t-on guère que tout dans Hôtel Rwanda soit filmé comme un spectacle.
Pourtant, il y a ce rapport à la vérité qui semble justifier chaque geste. Nous sommes là dans un cinéma sans réelle distance par rapport à l'objet filmé. La tragédie rwandaise y est l'objet d'un produit oscarisable, l'émotion prime et tout est à son service : la musique, les ralentis sont là pour reconstituer le réel, jusqu'à l'accent que prend Don Cheadle pour interpréter le personnage principal. Qu'en pense-t-il, d'ailleurs, celui dont on a porté la vie à l'écran ? « Le film est honnête », estime Paul Rusesabagina, « il est authentique à 90%. Tout ce que vous voyez sur l'écran, c'est la réalité. Mais chaque chef, quand il prépare un mets, ajoute un peu de sel, de poivre et d'épices, pour rehausser le goût de son plat. » La boucle, hélas, est bouclée : le personnage historique lui-même autorise le metteur en scène à assaisonner les événements pour qu'ils soient davantage au goût du spectateur. Comment dès lors dire qu'on est choqué de voir tant de séquences où le contexte génocidaire croule sous le poids de la préciosité ?
Hôtel Rwanda
Un film de Terry George
Royaume-Uni / Afrique du Sud / Italie, 2004
Avec Don Cheadle, Joaquin Phoenix, Nick Nolte, Jean Réno...
Durée : 2 h
Sortie salles France : 30 mars 2005
[Illustrations : Hôtel Rwanda. Photos © Metropolitan FilmExport]
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