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Dans le quartier H de la prison de Maze, en Irlande du Nord, le quotidien des prisonniers de l'IRA (Irish Republican Army) est un enfer. En 1981, ils réclament le statut de prisonniers politiques que Thatcher leur refuse. Agissant pour une cause et des idées qui, selon eux, n'ont rien de criminelles, ils réclament des droits, dont celui de ne pas porter l'uniforme réglementaire des prisonniers de droit commun. C'est le Blanket Protest (du nom des couvertures qui couvrent leur corps nus) qui précède la radicalisation du mouvement en grève de la faim.
Un rendu sensitif saisissant
Durant l'entrée en matière, prometteuse et intrigante, McQueen s'attache à nous rendre palpable la texture des surfaces, des objets, grâce à une image d'une précision étonnante, magnifiée par de superbes éclairages. Ce rendu formel est assez époustouflant et aide, notamment, à l'appréhension, âpre, du temps qui s'écoule. Celui-ci est aussi étouffant pour le spectateur que pour les hommes qui composent le milieu carcéral. Détenus et gardiens partagent en effet blessures et angoisses, que le spectateur ressent à son tour. Le travail sur le son renforce cette pénibilité car, dans le silence de la première partie, chaque bruit ou choc prend des proportions démesurées qui intensifient toutes les autres sensations. Ainsi ressent-on quasi-physiquement le froid, le désarroi et surtout la souffrance des prisonniers quand résonne longtemps, durement, le martèlement des matraques sur les corps nus. Saisissant.
Des séquences chocs

Un trop bel objet : froid, hermétique...
La permanente recherche esthétique (même les excréments ressemblent à des toiles de maîtres) finit, en effet, par jouer contre le film. Elle déréalise l'image et contredit aussi bien l'aspect documentaire que la réussite sensitive. En conséquence, on n'éprouve guère d'empathie pour des personnages dont la souffrance est parfois si dure à supporter qu'elle nous contraint au recul.
McQueen dit avoir voulu montrer une situation où l'homme n'a plus rien d'autre pour résister que son corps. Or, un combat politique qui va jusqu'au sacrifice ultime devrait renvoyer, aujourd'hui, aux attentats kamikazes. De même, l'évocation de conditions inhumaines de détention pour des individus dont on ne reconnaît pas le statut politique fait bien évidemment écho à Guantanamo ou Abou Ghraib. Malheureusement pas la moindre ouverture, ici, ne permet d'élargir le propos à cette universalité plus conséquente. Pour une fois, le terme, souvent mal employé, de bel objet n'a jamais paru aussi judicieux pour qualifier ce film fermé sur lui-même. Un objet sans âme, trop réfléchi et clinique dans son approche.
...et malsain
Le malaise s'accentue encore dans la dernière partie quand l'accent est mis sur la souffrance humaine consécutive à la grève de la faim. De belles images, choquantes car gratuites, représentent la douleur et la décrépitude. Cette fascination morbide pour un corps abîmé n'apporte absolument rien et soulève plutôt des interrogations éthiques. A ce moment-là, l'auteur s'éloigne définitivement du plus important, le geste politique qui dit non à une injustice, pour se complaire dans un savoir-faire qui tourne à vide. Il réduit ainsi la portée du discours politique à l'origine de l'acte pour se focaliser sur le corps, préférant manifestement scotcher, par des images d'une force et d'une efficacité stupéfiantes, un spectateur abasourdi par une surenchère visuelle où tout se veut, et y est, impressionnant.
Steve McQueen est un créateur de formes, très doué, mais il passe à côté de quelque chose qui aurait pu être assez grandiose s'il avait su canaliser ses aptitudes et les orienter, judicieusement, vers moins de grandiloquence. En somme, faire preuve d'un peu de recul et de modestie.
Hunger
De Steve McQueen
Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham
Sortie en salles le 26 novembre 2008

Illus. © Becker Films International
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