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Après son incursion dans le domaine de la comédie musicale (La Saveur de la pastèque), Tsai Ming-liang revient aujourd’hui à l’épure méditative de ses premiers films, un peu comme si La Rivière reprenait son cours. Passées les fantaisies burlesques, légères et libertines et retour donc à ce monde opaque et silencieux, où les êtres se croisent sans parvenir à se toucher. Dès ses premiers plans, longs et statiques, le film nous plonge dans une représentation de la ville à la fois connue et mystérieuse. Le temps déborde ces plans, leur donne une profondeur fascinante. Un homme immobilisé respire doucement sur son lit. Dans la rue un ballet étrange se met en place, entre une femme, deux hommes et quelques lieux autour desquels ils gravitent. Tout passe ici par les regards, qui prennent le pas sur les mots, et surtout les gestes, réduits à un minimum syndical, dans une sorte de ballet épuré.

Si le film traîne à démarrer, il ne cesse de monter en puissance, pour devenir progressivement une magistrale fable métaphysico-comique, et l’un des plus beaux films du cinéaste. L’accumulation des contraintes vire ainsi parfois au burlesque, lorsque des amants fougueux sont obligés de porter des masques alors que la ville se retrouve totalement enfumée par un mystérieux feu. Scène d’amour la plus surréaliste vue depuis longtemps, les pauvres créatures tentent de s’embrasser et manquent maladroitement de s’étouffer. Dans un univers à la fois futuriste et pourtant quotidien, Tsai Ming-liang crée des images inoubliables, sorte de visions cauchemardesques d’un lendemain qui nous pend au nez. Et nous rappelle par là-même l’urgence de vivre et d’aimer. Sous ses aspects de belle au bois dormant, le cinéaste nous offre une leçon de vitalité.
I Don't Want to Sleep Alone
De Tsai Ming-liang
Avec Lee Kang-sheng, Tchen Shi-zheng, Norman Atun
Sortie en salles le 6 juin 2007

Illus. © CTV International
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