I Love You Beth Cooper de Chris Columbus


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Un ticket pour deux



I Love You, Beth Cooper mérite mieux que sa mauvaise réputation acquise lors de sa sortie américaine. Bien loin d'Harry Potter, Chris Columbus ressuscite le teen movie des années 1980 avec quelques (grosses) lourdeurs heureusement balayées par son sens de l'altérité.
Débarquant après un accueil calamiteux aux states, I Love You, Beth Cooper promet d'avoir chez nous un destin aussi catastrophique. Dommage car malgré ses défauts, indiscutables, le film vaut un peu plus que ce qu'il n'y parait. Ce qui surprend d'abord, ce sont ses racines : bien que les références à l'époque fusent, le film puise son inspiration de manière presque anachronique et involontaire dans le teen movie des 80's, sans cette réactualisation que la bande à Apatow a pu donner au genre depuis. Les terres sur lesquelles se balade Chris Columbus semblent ainsi celles de John Hugues, son père spirituel qui autrefois lui avait offert le succès avec Maman, j'ai raté l'avion. Sauf que Columbus s'est souvent enlisé dans cette veine de comédies peu sophistiquées et familiales dont Hugues n'était pas toujours très fier. Un créneau dans lequel I Love You, Beth Cooper paraît à première vue s'engager, davantage en héritier de la High School Comedy que d'un portrait des tourments adolescents façon Breakfast Club. On peut donc dire que cette histoire d'un nerd déclarant sa flamme à une cheerleader lors de la cérémonie de remise des diplômes du BAC commence assez mal. Personnages apparemment caricaturaux, situations à l'humour pachydermique, le film démarre en dépliant un programme peu engageant. Mais progressivement, au fil d'un récit reprenant en version nocturne le ride d'un Ferris Bueller, se déploie un autre horizon qui n'aurait probablement pas déplu à Hugues.

C'est dans les pauses, entre deux scènes de comédies cartoonesques inégales ou pataudes, que le film montre son vrai visage et s'illumine. Avec une simplicité de ton, Columbus retrouve un peu la grâce de Rent, son chef d'œuvre : plutôt que faire un énième récit de passage à l'âge adulte, il préfère filmer une rencontre. Avec elle, apparaît cette volonté d'offrir une dignité à des personnages d'apparence archétypaux. Dans leur nuit rocambolesque (le film est construit comme une course poursuite où le nerd, son pote, la cheerleader et ses copines passent d'un lieu à l'autre), les héros d'I Love You, Beth Cooper apprennent à se connaître, personnellement ou mutuellement, et défaire l'image leur collant à la peau. Plutôt classique a priori, puisque le teen movie (pas que lui) a souvent employé ces structures narratives au discours démocratique jouant des étiquettes pour mieux s'en débarrasser. Mais Columbus y apporte sa touche, allant chercher dans un dialogue ou un regard la perspective d'une altérité absolue. Le nerd fantasmait ainsi sur une icône banale de l'érotisme américain (stéréotype de la cheerleader collant idéalement à Hayden Panettiere). Il découvre que ses sentiments ne sont pas une illusion, mais un amour authentique dont la fille prend conscience, bouleversée par tant d'égards ouvrant de nouveaux horizons à ce qu'elle est sans se renier. Columbus s'inscrit alors dans la voie de son mentor à qui il offre un bel hommage, malgré lui.

I Love You, Beth Cooper
De Chris Columbus
Avec : Hayden Panettiere, Paul Rust, Jack Carpenter
Sortie en salles le 7 octobre 2009

Illus  © Twentieth Century Fox France

 

Jérôme Dittmar

 

Le 05 October 2009
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