Inglourious Basterds de Quentin Tarantino


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Il était une fois en France



Premier film de guerre de Quentin Tarantino, Inglourious Basterds déjoue la plupart des attentes. Rencontre décomplexée entre les obsessions du réalisateur et les codes académiques du "film de Seconde Guerre Mondiale", cette fable historique est traversée de bout en bout par une saisissante folie.

Avec Inglourious Basterds, Quentin Tarantino réinvestit à sa façon l'imagerie des films traitant de la Seconde Guerre Mondiale. Plaçant sa caméra dans la France occupée, il fait se télescoper deux histoires : celle d'une troupe spéciale de soldats juifs (emmenée par Brad Pitt) à la recherche de scalps nazis et celle de Shoshanna Dreyfus (Mélanie Laurent), gérante d'un cinéma parisien qui cherche à venger la mort de sa famille.

Quentin fait de la résistance

S'il s'agit de son premier film à teneur historique, le réalisateur de Pulp Fiction aborde à nouveau son récit par le biais de l'hommage cinéphilique. Le générique de début et la longue séquence d'ouverture au milieu de la campagne française sont ainsi entièrement marqués par la référence à Sergio Leone. C'est avec délectation que Tarantino introduit le méchant du film, le colonel Hans Landa (incarné par le facétieux Christoph Waltz, prix d'interprétation masculine à Cannes), qui tiendra contre toute attente le rôle principal. La façon dont le personnage passe d'un langage à l'autre offre une fantaisie ludique en même temps qu'une dénonciation ironique de la domination des films de guerre en langue anglaise. D'entrée de jeu, Tarantino passe un pacte avec le spectateur : Inglourious Basterds tiendra davantage de la fable décalée que de l'oeuvre visant l'exactitude historique.

Entre un soldat allemand cinéphile (Daniel Brühl), un espion britannique critique de cinéma (Michael Fassbender), une actrice à succès (Diane Kruger) et une directrice de salle (Mélanie Laurent, donc) qui rappelle Le dernier métro, les conversations tournent beaucoup autour du septième art. Il se dégage ainsi une tension étrange entre le calme de ces discussions érudites et la violence des -rares- scènes d'action. La culture geek rencontre la grande Histoire du cinéma et ce mélange donne lieu à des instants plus flottants que dans les précédents films de Tarantino. Certaines séquences en langue française sonnent ainsi faux, mais elles renforcent justement le phénomène de télescopage et de métissage cinématographique si cher au cinéaste. Inglourious Basterds se présente bien comme un film double, qui fait communiquer en permanence le in et le off de la guerre pour illustrer l'adage selon lequel la plus abominable barbarie surgit souvent de la plus grande sophistication mondaine...

Le cinéma, arme d'auto-destruction massive

Il n'y a pas de honte à se réapproprier l'Histoire, semble nous dire Tarantino, qui n'hésite pas à réécrire le cours de certains événements pour faire triompher sa conception d'un cinéma décomplexé. Les moments de bravoure offrent de fait une puissance sensitive instantanée (voir Mélanie Laurent sublimée dans sa robe rouge, à mi-chemin entre Kill Bill et les femmes fatales du cinéma d'avant-guerre). Et la folie vengeresse finale, qui fait se consumer dans un même geste personnages historiques et pellicule semble autant tenir de la mégalomanie de son auteur que de ses sincères croyances en la force du septième art, presenté ici comme une arme, dans tous les sens du terme.

Au final, Inglourious Basterds atteint avec brio ses objectifs de départ : se réapproprier l'esthétique cinématographique de la Seconde Guerre Mondiale pour en livrer une vision unique et jubilatoire. Animé d'une fureur auto-destructrice, le film ne va sans doute pas là où on l'attend, mais il y va avec une conviction qui force l'admiration.

Inglourious Basterds
De Quentin Tarantino
Avec Mélanie Laurent, Brad Pitt, Christoph Waltz, Diane Kruger
Sortie en salles le 19 août 2009

 

Illus © Universal Pictures International France

 

Damien Leblanc à Cannes

Le 17 août 2009

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