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Jardins en automne accompagne la dérive heureuse d'un homme qui descend tous les niveaux de l'échelle sociale. À contre-pied du réalisme conventionnel qui ferait de ce parcours une chute dramatique, le ton libertaire d'Iosseliani ouvre à son héros les portes du paradis en rejetant les lois admises de la société contemporaine, et en premier lieu celle qui confond le bonheur avec la réussite. Aussi la fable, dont le mouvement semble d'abord s'éloigner de la question politique, le héros étant un ministre déchu du gouvernement français, devient-elle une critique par l'échappée, la fugue, de toutes les formes de pouvoir qu'elle convoque pour les rendre aussitôt secondaires. La « vraie vie » dont nous parle Jardins en automne est ailleurs. Non seulement ailleurs que dans les jeux et la soif de pouvoir politique, mais encore, de façon plus radicale, ailleurs que dans la contrainte que ce pouvoir exerce sur les personnages. Une légèreté surnaturelle, bien que faite d'actions et de situations simples et familières à chacun d'entre nous, envahit le monde.

Le film est en quelque sorte sans cesse à la fenêtre ou sur le seuil des espaces qu'il met en scène, ramassé en un équilibre transitoire sur la crête où les opposés (intérieur/extérieur, mais aussi richesse/pauvreté, pouvoir/dénuement) se rejoignent. Face à cela, la constante à laquelle on peut tenir sans se fourvoyer, celle à partir de laquelle une philosophie de bonheur peut être accomplie, c'est la rencontre, la réalité d'une communauté qui ne fait jamais défaut dès lors qu'on en accepte les perpétuelles fluctuations. Tous les lieux du film, en tant que seuils, sont des lieux de passage, des croisements qui sont autant d'occasions, saisies ou non, de rencontres. Ainsi l'instabilité devient dérive, danse, et la caméra flotte dans la ville, sur les pas du ministre, telle une feuille en automne qui vient finir sa course dans les parcs municipaux dont, devenu jardinier, il s'occupe.
Rien cependant ne nous permet de confondre cet éloge de l'instabilité dans Jardins en automne avec celui de la précarité dans l'hiver politique au sein duquel le film va prendre place, pour sa sortie en septembre 2006. S'il y a du bonheur dans la dérive, c'est qu'elle prend la forme à la fois musicale et décidée d'une fugue. Parce que loin d'accepter la loi de la sanction qui la provoque, elle s'en dégage, elle l'oublie pour en faire l'occasion d'une rupture avec l'ordre et la contrainte que la sanction représente. Rien de plus décidé, en effet, à saisir le plaisir d'un instant partagé que les participants aux banquets de hasard qu'Otar Iosseliani égrène tout au long du film. Rien de plus résolu, de moins coupable et de plus gracieux, que leur ivresse.
Jardins en automne
Un film de Otar Iosseliani
Avec Séverin Blanchet, Jacynthe Jacquet, Michel Piccoli, Otar Iosseliani, Pascal Vincent
France, Italie, Russie. 2006 - 117mn
Sortie en France : 6 septembre 2006

Sur le Web : - le site officiel
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