Je suis heureux que ma mère soit vivante de Claude Miller


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Mère et fils



Avec Je suis heureux que ma mère soit vivante, Claude et Nathan Miller composent une œuvre tragique qui malgré quelques inégalités se révèle d'une réelle puissance formelle et émotionnelle.
En s'engageant sur un sujet aussi casse gueule que celui de Je suis heureux que ma mère soit vivante, Claude et Nathan Miller n'ont pas choisi la facilité. Adapté d'un fait-divers réécrit dans un article par Emmanuel Carrère, le film relate la quête de Thomas (Vincent Rottiers), obsédé par l'idée de retrouver sa mère biologique. S'étalant sur près de quinze ans, l'intrigue part de l'enfance pour passer par l'adolescence et les débuts de l'âge adulte. Histoire d'une absence et de retrouvailles tragiques, le récit prétend ainsi raconter et surtout montrer comment des blessures enfouies débouchent sur un acte monstrueux. Choses que Miller et Carrère avaient déjà filmées dans La classe de neige. L'intime est donc la question taraudant un scénario aussi à vif que son personnage. Le cinéaste et son fils y plongent avec un sens de la distance et une pudeur qu'une première partie, assez brillante, capte au fur et à mesure d'un récit non linéaire et entrelacé qui n'a rien du procédé. Tout en ellipses, le film passe d'un âge à l'autre en jouant d'une tension permanente et à fleur de peau. Plus dans un art de l'ébauche que de l'explicatif ou du démonstratif, les Miller saisissent un kaléidoscope de sensations qui, à défaut d'opter pour le rationnel, transmettent une gamme d'émotions ténues et limpides au diapason des personnages. S'en dégage une force parfois étourdissante où regards, gestes et rapports aux lieux évoqueraient presque une recherche impressionniste.

Après ce chevauchement narratif d'une grande délicatesse dans sa capacité à ne jamais s'appesantir sur les situations, les Miller délaissent leur dispositif pour se concentrer sur les retrouvailles du fils et sa mère. Sans s'engager toutefois complètement sur la pente glissante du pourquoi, le scénario reprend alors un peu trop l'ascendant sur la mise en scène pour développer la question identitaire et psychanalytique. Cette piste œdipienne, clairement stimulée au fil d'une tension érotique latente, couvre toute la seconde partie en répondant par points à la première. Si ce déploiement théorique livrant les enjeux probables du film n'est pas le plus passionnant en soi, Miller garde malgré tout la main en se focalisant sur le lien sourd, indicible et presque primitif liant ce fils paumé à cette mère indigne, maladroite et surtout sans le moindre instinct maternel. Jouant des zones d'ombres, des frontières indiscernables, des connexions troublées et interrompues, le cinéaste compose ainsi un double portrait allusif que son casting et Vincent Rottiers en tête fait vivre avec une intensité translucide et à la fois énigmatique. Quelque chose d'une innocence perdue, meurtrie, entêtante, se dégage dans les marges et sur les visages. Un sentiment de manque que rien ne vient combler mais qui dans un acte a priori irréparable trouve son étrange consolation.

Je suis heureux que ma mère soit vivante
De Claude et Nathan Miller
Avec : Vincent Rottiers, Sophie Cattani, Christine Citti
Sortie en salles le 30 septembre 2009

Illus © Metropolitan FilmExport

 

Jérôme Dittmar

Le 28 September 2009
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