| 1 | Twilight - Chapitre 2 : tentation |
| 2 | 2012 |
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| . | Les critiques Cinéma |




Qu'apprend-on sur l'homme? Que son métier d'agronome ne fut pas le fait du hasard, que son attachement à la terre haïtienne l'a conduit à toujours œuvrer pour ce qu'il pensait être la cause du peuple, cette démocratie attendue depuis 1804 et jamais réellement établie. Qu'il fonda un ciné-club, interdit en 1965, et réalisa un des premiers documentaires du pays. Mais ceci ne serait qu'anecdotes s'il n'y avait pas le reste. Le reste est ce que ce film nous permet d'apprendre de Jean Dominique. Celui qui appelle à "respirer l'ennemi" est aussi celui qui vivait l'acte journalistique comme un acte politique. Non parce que les événements, en l'occurrence la dictature des Duvalier père et fils, l'auraient acculés à résister, non par réaction, mais parce qu'il refusait à sa parole tout compromis, quelles que soient les circonstances. Cette qualité littéraire, on l'entend dans les mots de ses bulletins radiophoniques. Ils contiennent une puissance qui n'a rien d'abstraite. Concrète, elle se mesure à la foule venue accueillir le journaliste au retour de son premier exil, plus de 60 000 personnes. On la pressent dans une pensée nationale nourrie d'un désir d'indépendance toujours attaqué, jamais étouffé.
Cette force, l'homme semble la tenir de son recul face à l'histoire. Proclamant que l'établissement de la démocratie est sa raison de vivre, il sait aussi rire en toute occasion. Et de quel manière! Ce rire est de ces souffles extraordinaires, vitaux, qui nous rappellent que ce réflexe est le propre de l'homme. La prison, le fascisme, la violence, les interdits, il s'en esclaffe. Serait-ce "un jeu, un défi, un challenge"? Oui, afin de mieux les penser et ainsi les contrecarrer. Il ne faut pas voir une pose dans cette attitude. Elle n'a qu'une finalité, raffermir une parole que Jean Dominique destine à ceux qui, parfois difficilement, cherchent une issue au marasme haïtien, et à ceux qui, volontairement, le rendent pérenne. Ce rire exprime la conscience d'un journaliste, d'une personne qui tient en haute estime une profession généralement dévoyée par le pouvoir et ses émoluments. Il lui permet de tenir face à une oppression répétée, inexorable.

Que l'on ne se méprenne pas. L'enseignement évoqué plus haut ne recouvre pas l'énoncé de ces faits. Il n'est pas non plus un appel à suivre un modèle en la personne de Jean Dominique, qui, s'il est mort pour ses idées, se refusait à l'héroïcité. Il est l'apport d'une connaissance, d'une réalité sans laquelle le monde semblerait un peu plus vide. La vie de Jean Dominique fut importante parce que son travail, sa pensée l'étaient. Qu'il ait vécu et que son action fut et reste possible comptent. Ce savoir remplit nos existences, vidées qu'elles sont par de constants appels au sommeil de la raison, des injonctions dont la sortie du film dans une seule salle en région parisienne est peut-être la meilleure des preuves.
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