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Avec John Rambo, Stallone réactualise celui qui a participé à sa propre mythologie et livre son œuvre la plus radicale et en adéquation avec son héros. Tout en réalisant une peinture de la guerre sans concession, il donne à son personnage une ampleur plus touchante que jamais, Rocky Balboa inclu.
On a parfois eu tort de traiter Rambo avec ironie. De toute la vague de films sur le Vietnam, il en a été l’incarnation la plus juste et adéquate. Son retour aujourd’hui, pile un an après Rocky Balboa, témoigne également de bien plus qu’un simple comeback de Sylvester Stallone derrière les personnages qui ont fondé sa mythologie. Là où Rocky travaille une figure mélancolique, ce symbole d’une reconquête perpétuelle, Rambo incarne un symptôme. Au premier l’optimisme du héros populaire sortant de la rue par les poings, au second le pessimisme et le retour impossible des héros traumatisés par la guerre. Histoire de deux corps donc, tissant deux parallèles pour une Amérique des eighties dont Stallone fût un temps l’idole et la représentation. Mais là où Rocky promettait l’espoir, Rambo c’est l’histoire d’une défaite dont on se refuse à panser les plaies, la trajectoire d’un héros tragique et solitaire à l’identité recomposée sans boussole, celui qui devient la guerre et la rappelle à une Amérique qui préfère l’amnésie.
Pour sa résurrection, Stallone a décidé d’aller plus loin, il a réalisé l’œuvre la plus radicale possible, une boucherie indescriptible de 90 minutes dans la jungle birmane. Mais point de tour de force dans cette barbarie gore, juste une pure vision jusqu’au-boutiste de la guerre, alternant réalisme stupéfiant et abstraction pour restituer l’image la plus exacte des choses et du personnage. John Rambo reprend l’intitulé du premier film, First Blood, pour poser un regard net sur la sauvagerie et la brutalité d’un conflit en soi. Peu importe donc la géographie ou les raisons politiques, la guerre est restituée ici dans son essence primitive. Stallone a ainsi théorisé sa figure à l’extrême, chaque image traduit une monstruosité et la porosité de ce corps malade, minéral et animal, dont elle est le révélateur.
Boursouflé, suintant de sueur, les muscles las, il revient moins en piquant au vif notre nostalgie que pour réincarner cette montagne de chair abîmée qui ne rêve que d’un repos jusqu’alors impossible. Grâce à cet ultime épisode, celui qui n’aspirait qu’à revenir à cette civilisation qu’on lui refusait peut enfin rentrer chez lui. Discrètement, il pousse à nouveau la porte de cette Amérique qui depuis est à nouveau rentrée en guerre, mais qui malheureusement a tout oublié de lui.
John Rambo
De Sylvester Stallone
Avec Sylvester Stallone, Julie Benz, Paul Schulze
Sortie en salles le 6 février 2008

Illus. © Millenium Films