Joy Division de Grant Gee


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De Fuck You à I'm Fucked



Encore un film sur Joy Division ? Oui, mais sans doute le meilleur. Comme le groupe culte de Manchester, le documentaire de Grant Gee, sincère, se focalise sur l'atmosphère (lugubre), la musique (magnétique) et les textes (désespérés), et non sur le merchandising rock'n'roll.
Après 24 hour party people et Control, on croyait le sujet Joy Division épuisé pour le cinéma. C'était sans compter sur Grant Gee, esthète rock et cinéaste expérimental, déjà responsable de l'angoissant film sur la tournée OK Computer de Radiohead (Meeting People is Easy). Et là aussi, l'Anglais réalise un film de passionné, ultra-documenté, truffé de témoignages inédits des principaux acteurs de la tragédie Joy Division : les membres du groupe (formant aujourd'hui New Order), leur manager tout-puissant Tony Wilson, mais aussi Annik Honoré, la maîtresse de Ian Curtis à l'époque, chanteur suicidé à 23 ans. Il est certes beaucoup question de la mort de Curtis, mais sans sensationnalisme déplacé, et d'un point de vue autre que sentimental (Control était adapté des mémoires de sa femme). Le réalisateur s'attache plutôt à façonner un portrait éclaté du leader de Joy Division, à travers sa musique d'abord et les impressions de son entourage. Sur fond noir, ils se souviennent, dans un mélange de culpabilité et d'admiration, de son talent d'écriture, de ses crises d'épilepsies, et surtout de son insondable mystère que viennent nous rappeler les foudroyantes images de concerts, hantées par les danses infernales du chanteur au visage d'ange.

 

Le culte Joy Division au cinéma

Pourquoi tant d'amour ?

Portrait en creux d'un groupe fascinant, donc, le documentaire passe par la radiographie d'une ville, Manchester, ce décor urbain et déshumanisé qui a vu germer les stridences du plus grand groupe de l'après punk. Grant Gee, comme d'ailleurs AJ Schnack dans le récent About a Son, recherche avant tout une atmosphère, l'âme d'un lieu. Manchester, ville-monstre, la nuit. Et c'est passionnant de voir à quel point l'univers si sombre et asphyxiant de Joy Division se nourrit de cette ville post-industrielle, pleine d'ordures et de grues, sans verdure ni promesse d'avenir. Un univers désenchanté, donc, également façonné par les lectures de Kafka, JG Ballard, William Burroughs et Dostoïevski, dont Curtis était un lecteur assidu. Tony Wilson, leur manager de l'époque, affirme qu'ils ont fait passer le « Fuck You ! » décérébré du punk au plus adulte, plus introspectif mais désespéré « I'm Fucked ». « C'est l'une des dernières histoires de la pop », dit la voix-off, mélancolique. Sans sexe ni drogue ou presque, pure de tout compromis commercial : deux albums, point. Le reste n'est que merchandising. Somptueux hommage.

 

Joy Division
De Grant Gee
Sortie en salles le 28 janvier 2009

 

Illus. © Pretty Pictures

Eric Vernay
Le 26 janvier 2009
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