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Durant la décennie qui nous sépare de La Vie rêvée des anges Erick Zonca a vu les films de John Cassavetes, et il a bien aimé. Non, en réalité il les connaissait depuis longtemps, et le réalisme charnel de l’américain a toujours été son horizon, davantage que l’œuvre de Pialat avec qui on a voulu un temps dresser un parallèle. Rien d’étonnant donc à ce que pour son retour Zonca préfère les déserts urbains de Californie et la moiteur colorée du Mexique à nos paysages. Julia, dont le titre et le sujet ne sont pas sans évoquer évidemment Gloria, respire et souffle le Cassavetes seventies jusque dans le moindre pore d’une image tactile, naturellement au plus près des corps et des visages et de son actrice, Tilda Swinton, réminiscence étrange de Gena Rowlands. Il y a ici la même volonté de suivre des comportements imprévisibles, de confondre la réalité vécue et filmée pour faire naître une émotion à fleur de peau et de l’instant, entièrement soumise à la trajectoire de son héroïne, Julia donc, alcoolo paumée s’embarquant dans le kidnapping d’un gosse d’une nana encore plus larguée qu’elle.
On ne niera pas que l’Amérique donne l’avantage à Zonca, qui trouve dans ces paysages une toile de fond dont il retire tout exotisme pour n’en garder qu’un moteur de fiction. Car Julia, plus qu’un portrait difficile d’un personnage peu aimable mais auquel Zonca donne ses ambivalences, est un récit tournant autour de la question de la frontière, géographique et intime. Limite des actes, de soi, de ce qui pousse un être à sa déchéance et à la découverte possible d’un ailleurs. Le tout au fil d’une dérive où l’accumulation des accidents finit par faire sortir le personnage de lui-même, de son aveuglement où l’alcool est la substance de sa perte. Mais si le désir est là et qu’il est parsemé de quelques scènes réussies, le film se perd un peu en faisant le pari obligé de la digression et de l’hystérie comme performance dramatique. Ainsi les péripéties minimales de l’intrigue se diluent dans un étirement à double tranchant, à la fois révélateur des limites du cinéma de Zonca et seule chose qui le distingue malgré la filiation. Mais cette ivresse un peu aveugle de la caméra est peut-être aussi la promesse d’un nouveau départ, et c’est déjà ça.
Julia
De Erick Zonca
Avec Tilda Swinton, Saul Rubinek, Kate del Castillo
Sortie en salles le 12 mars 2008

Illus. © Studio Canal
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