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La question que l'actualité du conflit israélo-palestinien pose à Kedma au moment de sa sortie en salle est celle-ci : Peut-on faire coexister dans le même plan des israéliens et des palestiniens ? La réponse de Gitaïl est : Non. Le réalisateur explique que c'était d'abord son projet de les faire s'affronter à l'image en montrant la bataille de Latrun, mais qu'il l'a finalement abandonné : "Le tournage de Kedma allait démarrer lorsque j'ai compris que ce n'était pas la bataille de Latrun, qui a eu lieu après le départ des Anglais contre les armées arabes coalisées, qu'il fallait filmer. Je devais représenter les combats entre deux population civiles, juive et arabe". Or, dans ce film qui n'est pourtant pas dépeuplé, la population civile arabe n'est pas très importante. C'est d'abord une dizaine de personnes qui traversent l'écran. À peine vues, déjà disparues, elles fuient devant les forces juives. C'est ensuite un couple, toujours fuyant, dans les collines. C'est enfin l'homme du couple resté seul qui déclame un long poème de résistance avant d'être enfermé, sans violence, dans une petite maison et ainsi dérobé à notre regard. Si l'ambiance lumineuse, jaillissant de cette terre écrasée par un ciel d'orage pour venir impressionner la pellicule, est bien crépusculaire, c'est bien aussi la piteuse figure à la fois grandiose et désarticulée, vêtue d'une splendeur en lambeaux, la figure du "dernier homme" qu'évoque cette séquence de déclamation. Et qu'à ce dernier homme arabe, Youssef, corresponde symétriquement un dernier homme juif, Janusz qui reste seul, au dernier plan du film, déclamant lui aussi une lamentation poignante, ne change rien à la gêne que l'on ressent devant une terre de Palestine qui nous est décrite quasiment sans autre peuple apparent que celui des réfugiés juifs. Ainsi, au cours de l'unique séquence de combats, les seuls combattants et les seuls morts que montre Amos Gitaï font partie des forces du Palmach.
Conformément au slogan de l'époque : "Une terre sans peuple pour un peuple sans terre", mais à l'encontre de ce que la population palestinienne prouve depuis ce temps, Gitaï enfonce dans on ne sait plus quelle chair, le clou de la mauvaise conscience, de l'aveuglement et de l'impuissance partagée devant le meurtre. "Pour en finir avec ce cauchemar" et pour que dans un avenir meilleur Janusz puisse embrasser Rosa, la femme qu'il aime, il n'est peut-être plus temps de faire des films partiaux sur la guerre, mais il serait temps, en revanche, de faire des films impartiaux pour la paix.
Kedma
De Amos Gitaï
Avec : Andrei Kashkar, Menachem Lang, Nikol Varom, Helena Yaralova, Youssef Abou Warda.
Israël/France/Italie, 2001, 1h40.
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