Kennedy et moi de Sam Karmann


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Tout fout le camp !



La crise de la cinquantaine n’est pas un petit sujet dans le cinéma français. C’est un vaste thème observé sous toutes les facettes et, malheureusement souvent, par des réalisateurs pas toujours très inspirés.
Le cas Kennedy et Moi ne fera vraisemblablement pas date. En effet, si sa distribution est intéressante, si son ton est plus léger que véritablement déprimé, il reste que rien ici n’éveille la curiosité ou l’étonnement.

Simon Polaris est un écrivain en panne. En panne d’inspiration et de volonté. Il traîne son ennui dans sa maison entre une femme avec qui il ne fait plus l’amour et qui le trompe et des enfants dans lesquels il ne se reconnaît pas. Dans cet environnement peu attrayant, Simon se déplace en traînant les pieds et en grognant mollement. Son comportement commence alors à devenir bizarre…

Karmann (dont c’est le premier long-métrage après un court : Omnibus qui avait ramassé une flopée de prix, notamment à Cannes et aux Oscars) a le bon goût de donner le rôle de Simon à Bacri. Ce dernier arrive, sans trop de difficulté à rendre plutôt sympathique cet agacé permanent. Toutefois, ce choix est à double tranchant car on est plutôt habitué à voir Bacri dans son rôle de grand déprimé, énervé après la terre entière (que ce soit dans les films ou dans la vie d’ailleurs). De plus, Karmann a la mauvaise idée de donner à Simon une voix off. Un processus qui est souvent synonyme de lourdeur et qui, ici, ne fonctionne qu’à moitié. Un coup, la touche ironique fuse et fait rire doucement. Un autre, elle ne ressemble qu’à un gémissement, un marmonnement de vieux pépère qui trouve que "tout fout le camp !".

Heureusement que l’épatante Nicole Garcia, dans le rôle de sa femme, palit à l’excès de grognerie de Simon. Elle parvient souvent, par un geste ou un regard amusé, à alléger un peu le misérabilisme du personnage de Bacri (ou du personnage Bacri, comme vous voulez).

Cela reste toutefois bien peu et Karmann ne se mouille pas trop pour rendre les situations intéressantes (malgré une histoire de montre pas si mal qui donne sa justification au titre). Il fait son film tranquillement, sans prendre le risque de susciter de trop vives réactions le jour de la sortie. Non, son film emballera vaguement tout le monde. Critiques et public ne verront pas pourquoi il faudrait bouder un film à ce point "dans l’air du temps". Toutefois, une question quand même. Est-ce qu’il existe dans le cinéma français d’aujourd’hui un autre thème à aborder que celui de la crise existentielle ?

Kennedy et moi
De Sam Karmann
Avec Jean-Pierre Bacri, Nicole Garcia, Patrick Chesnais
France, 1999, 1h26.

Yves Le Corre Le 22 décembre 1999