Khamsa de Karim Dridi


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Hors les murs



Sans les idéaliser, Karim Dridi pose un regard juste sur de jeunes laissés-pour-compte (gitans et maghrébins) condamnés à la débrouille. Ce 400 Coups moderne, dur et lumineux comme ses acteurs, est une réussite.
Marco, mi-gitan, mi-maghrébin, a été placé dans une famille d'accueil après avoir incendié la caravane de sa mère. Quand il s'enfuit pour retourner dans son camp rom, en bordure d'autoroute, il retrouve ses amis à défaut d'une famille.

Le film de Karim Dridi fait parfois penser à un Entre les murs en extérieur. Le réalisateur de Bye-Bye a, lui aussi, travaillé sous forme d'atelier avec ses jeunes acteurs amateurs. Il a ainsi pris le temps de saisir une pulsation vitale auquel son récit rend un très bel hommage. A peine adolescents, les gamins qu'il a choisis, vraiment issus d'un camp gitan, portent sur leur visage, dans leurs gestes et leurs paroles, un troublant mélange d'innocence et de dureté. La solidarité et l'énergie qui irradient de cette peinture bigarrée de trognes, déjà abîmées par l'existence, évoquent le Freaks de Tod Browning. Eux aussi vivent à part, dans des caravanes, s'aiment, se détestent pour des peccadilles mais se soutiennent pour les choses importantes. L'autre grande réussite tient au langage, mélange d'insultes préfabriquées et vides de sens, d'accent marseillais et d'agressivité mal contrôlée, qui sonne parfaitement juste. A tel point qu'on pense parfois à la façon dont Buñuel, dans Los Olvidados, avait réussi à capter, cette langue de la rue, mouvante, qui n'existe nulle part ailleurs.

Bien que fiction, le ton s'avère donc d'une précision quasi-documentaire. Ces impressions sont possibles grâce à la bonne distance à laquelle le réalisateur a su se placer pour observer les enfants. Il n'y a ni condescendance, ni jugement dans le regard de Dridi quand il regarde les prises de becs de ces « petits coqs ». Il finit pourtant pas les rendre attachants, et même beaux, grâce au format scope qui capte si bien la lumière marseillaise sur les jeunes visages butés. L'utilisation de ce format large présente aussi l'avantage de les intégrer, au cours de plans séquences efficaces, dans l'univers particulier où ils sont coincés, en bordure de voies rapides, à proximité des chantiers navals de Marseille. Ainsi, saisit-on parfaitement la topographie qui entoure le camp, placé au bout d'un no man's land ignoré de tous, entre la mer, l'industrie, et des voies de communication (voie ferrées, autoroutes, port) qui, paradoxalement, semblent dédié à tous, sauf aux gens du voyage. Au final, un très beau regard sur un milieu ignoré pour un très beau moment de cinéma, juste et honnête.

Khamsa
De Karim Dridi
Avec Marco Cortes, Raymond Adam, Magalie Contreras
Sortie en salles le 8 octobre 2008

Illus. © Rezo Films

 

 

 

Marc Petit Le 07 octobre 2008
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