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La vengeance est un plat qui se mange froid... Six mois après la sortie du premier opus, Kill Bill : volume 2 raconte la suite (et la fin) du chemin de croix de la belle Uma. La sortie en plein raout cannois permettra-t-elle de faire oublier un petit goût de réchauffé ?
C'est plus tout frais ? Que les flippés des trous de mémoire se rassurent : Quentin prend le soin de rappeler les faits aux étourdis. En un premier prologue filmé à la Dolly, Uma herself rappelle sa mission au volant d'une décapotable : il faut « Tuer Bill » (David Carradine), et passer pour cela sur les corps de Budd (Michael Madsen) et de Elle Driver (Daryl Hannah). Et puis comme si ça ne suffisait pas, un deuxième « prologue », en flash-back cette fois, revient sur les lieux du crime : on saura tout sur la petite chapelle perdue au milieu du désert, sur la Mariée, sur Bill... En noir et blanc, ces séquences récapitulatives donnent le ton : si le Volume 1 était un feu d'artifices d'esthète cinéphile, le volume 2 a, en plus, une histoire à terminer. Comme son réalisateur prodige, Kill Bill : volume 2 est archi-bavard... On gagne en complexité mais on perd en pure beauté : comme s'il fallait nous en donner pour notre argent, nous récompenser d'avoir été patients... La boucle est donc bouclée au prix d'une petite déception.
En plus des innombrables références cinéphiles et clins d'œil ironiques, Kill Bill renvoie avant tout à lui-même, avec une conscience très tarantinesque du « cult in progress ». Samuel L. Jackson (Pulp Fiction, Jackie Brown) apparaît en musicien guest-star, filmé de trois-quarts arrière : cette incarnation de l'univers de Tarantino constitue un moment de pure érudition mélomane, à la marge de l'histoire. Il est d'autres digressions de ce genre dans Kill Bill : vol.2 : comme le monologue de Bill, double du réalisateur, qui fait une théorie sur les super-héros à la fin du film. Si le vol. 1 passait par le manga et le cinéma asiatique, le vol. 2 rend un hommage conjoint au western spaghetti (poussière et santiags, gros plans sur les yeux, plongées et images panoramiques, flashbacks...) et à l'univers des Marvel. C'est clair : le personnage joué par Uma Thurman est une wonderwoman immortelle, une natural born killeuse prête à jouer de la fibre maternelle : enterrée vivante, la poitrine explosée par du plomb pour grand fauve, elle réussit toujours à poursuivre sa quête, avec une ténacité et une résistance physique qui ne sont pas sans rappeler le Christ dans sa récente et controversée Passion.
Par rapport au Vol. 1, le Vol. 2 est donc plus bavard et moins musclé (les duels remplacent les grands massacres), plus long, plus narratif et moins novateur. Mais on retrouve avec délectation une marque de fabrique : cette b.o. hallucinante (chapeau à RZA), et ce sens de l'humour qui traverse toutes les séquences. Le duel au sabre entre Uma Thurman et Daryl Hannah, les deux tueuses yin et yang, est brimé par l'espace réduit d'une caravane ; le sadisme du maître d'armes chinois, joué par Gordon Liu, qui revient dans le vol.2 grimé de la barbe et des sourcils, est délicieux; humour, enfin, dans le mystère qui entoure le « coup des cinq doigts qui explosent le cœur »... Même un peu décevant par rapport au précédent, le Vol. 2 donne ses lettres de noblesse au « kung-fu spaghetti », et offre à l'icône Uma Thurman l'occasion d'irradier absolument dans un nouveau film culte. Comme en témoignent les trois génériques de fin, qui peinent à clore le monument.
Kill Bill : Volume 2
Réalisé par Quentin Tarantino
Avec : Uma Thurman, David Carradine, Michael Madsen, Daryl Hannah, Gordon Liu...
Sortie le 17 mai 2004, en présentation à Cannes.
[illustrations : © TFM Distribution]