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lucyinthesky (invité)
le 23 May 2007 20:08
Critique
"Komma" : le revenant et la Belle au bois dormant
LE MONDE | 22.05.07 | 16h01
isons, pour aller vite, que ce premier long métrage d'une cinéaste venue des arts plastiques se situe, sans égaler la perfection du premier, dans la lignée d'un David Lynch ou d'une Teresa Villaverde. Martine Doyen nous invite à errer dans un monde léthargique, une zone floue entre l'hébétude et l'état engendré par une absorption de cognac ou de somnifères.
Sélectionné en 2006 à Cannes, à la Semaine de la critique, Komma se présente comme une rêverie, sombre et ludique à la fois, à partir d'une hypothèse de conte pour enfants : la rencontre entre un mythomane et une amnésique. Ces protagonistes transpirent un passé douloureux dont nous ne percevrons que d'infimes échos : coma éthylique et crise cardiaque pour lui, harcèlement sexuel et rapport conflictuel avec une mère richissime pour elle.
Le film les saisit au moment où, revenant d'entre les morts ou d'un mystérieux martyre, ils se voient offrir une renaissance. Lui, Peter, interprété par le chanteur belge Arno, reprend conscience dans une morgue dont il s'extirpe après avoir endossé l'identité d'un cadavre. Elle, Lucie, interprétée par la coscénariste, rouvre les yeux chez une acupunctrice qui l'avait recouverte d'un linceul doré, et gère son quotidien en somnambule. Ce qui advient des deux déphasés au sortir du cirage échappe au piège conceptuel de ce point de départ.
Sans abandonner tout à fait ses abstractions poétiques, et en évitant les épisodes convenus, Martine Doyen imagine pour ses personnages un périple d'autant plus troublant qu'il est cadré dans un réel vraisemblable. Ce qu'entreprend Peter après avoir recueilli Lucie dans un bar n'est qu'une évasion plausible, la réalisation d'un rêve innocent dans un univers de brutes.
Se faisant passer pour un businessman suédois, Peter s'invente un CV de globe-trotter : séjour au Pérou, appartement à Bruxelles, week-end à Hongkong. Il n'a aucun mal à se faire passer pour un ex auprès de celle qui a perdu la mémoire et qu'il kidnappe pour lui faire découvrir un château en Bavière. Le mort-vivant joue au Prince charmant avec la Belle au bois dormant.
On peut chercher les clés, dans Komma. Se demander si le chignon de Lucie (sculpteur adepte des performances) fait référence à Magritte ou au Vertigo, d'Alfred Hitchcock, si le mur de verre qui explose sous les assauts de l'eau et du feu est celui qui séparait réel et imaginaire. On peut déceler des traces d'enfance, ou se contenter d'assister en complice à cette parenthèse dans la vie de deux êtres énigmatiques.
Film franco-belge de Martine Doyen avec Arno Hintjens, Valérie Lemaître, Edith Scob, François Negret. (1 h 32.)
Jean-Luc Douin
Article paru dans l'édition du 23.05.07
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