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Entre ombre et lumière

A partir d'un fait divers réel qui embrasse de nombreuses thématiques, Eastwood met en scène une histoire émouvante dont l'intérêt dépasse très largement le cadre de son anecdote de départ. Si les personnages paraissent, de prime abord, plus manichéens que d'habitude, ils ne sont pourtant ni déterminés par une grandeur d'âme innée (Angelina Jolie réagit lorsqu'elle est confronté au drame, Malkovich prêche pour sa paroisse) ni par une méchanceté basique (les flics, élus ou médecins veulent seulement préserver leur pouvoir). Les circonstances paraissent plus essentielles qu'une quelconque prédétermination naturelle et l'éclairage des visages, une moitié lumineuse l'autre dans la pénombre, symbolise joliment cette ambivalence. Chacun est capable du meilleur comme du pire, susceptible d'être corrompu sans que la rédemption soit impossible.
La résistance, une responsabilité citoyenne
L'histoire originelle, du genre incroyable mais vrai, est mélodramatique à souhait. Eastwood s'appuie intelligemment dessus pour s'assurer de notre empathie mais les deux derniers tiers du récit attestent qu'il s'agit du prétexte nécessaire à l'élaboration d'un discours sur la justice, le pouvoir et son exercice, la résistance, la folie et les médias. Contre les discours officiels qui privilégient le maintien d'un ordre établi, il affirme le droit, et surtout le devoir de chaque citoyen de demander des comptes aux dépositaires du pouvoir. Un appel à la vigilance pour dire qu'une démocratie bien gardée est de la responsabilité de tous. Difficile de ne pas y voir un rapport avec la réaction post 11 septembre de l'administration Bush, et notamment avec les incarcérations arbitraires, et hors-la-loi, de Guantanamo. Il s'attache donc moins à dresser un portrait de femme seule qu'à réaliser un film policier, de procès ou d'internement, traitant chaque thème jusqu'au bout, au risque de rallonger son récit au-delà du raisonnable. La prouesse est d'y parvenir grâce, en particulier, à un audacieux montage, qui maintient un intérêt constant et croissant. Surnageant avec élégance entre ses nombreux thèmes, il les combine à un rythme idéal pour composer un récit palpitant qui prend aux tripes et éprouve physiquement.
Intelligent sans être intello, agréable sans sacrifier à un commercial bêtifiant, Eastwood atteint un sommet dans l'expression de sa maîtrise formelle et dans le juste compromis entre plaisir de la narration et expression politique. Fidèle à ses exigences, il s'appuie sur une réalisation hollywoodienne d'un grand classicisme, pour servir un propos qui l'est beaucoup moins. Cette œuvre forte a de quoi marquer les esprits.
L'Echange
De Clint Eastwood
Avec Angelina Jolie, John Malkovich, Michael Kelly
Sortie en salles le 12 novembre 2008

Illus. © Universal Pictures
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