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Eric Rochant nous avait habitués à mieux, à bien mieux. Mais passé un début laborieux, bourré de clichés, on se laisse prendre par les détails et le regard attentif aux petites vérités de chacun. L'Ecole pour tous, à défaut de faire vibrer nos écrans blancs, redonne de la couleur au noir tableau de nos classes.
Ça commence comme un banal téléfilm du mercredi. Prenant prétexte narratif l'imposture d'une jeune “ caillera ”, Jahwad, qui se glisse dans la peau d'un prof de français de banlieue, L'Ecole pour tous n'en mène pas large. Emprunt d'un ressort dramatique auquel il est difficile de croire, de clichés affligeants prêts à faire rire les moins de 10 ans, le premier quart du nouveau film d'Eric Rochant semble avoir été écrit et réalisé par un autre, un moins doué, un débutant. On s'étonne, on s'agace de ne retrouver ni la tension qui émanait des Patriotes (1994), ni - est-il possible de l'évoquer encore ? - la grâce d' Un Monde sans pitié (1989). Venant de lui, on est un peu triste : “ J'ai décidé de faire un film léger, surtout en termes de moyens, pour avoir une chance de le monter rapidement. Dès le départ, je me suis orienté vers une comédie d'imposture, parce que je trouve que c'est un ressort remarquable ”. Certes... Mais subrepticement le vent tourne : peu importe que l'imposture de Jahwad ne soit pas crédible tant l'immersion dans le collège de la ZEP est attachante.
Et cet attachement est dû ici tant au rayonnement des comédiens (Noémie Lvovsky aux allures hystériques, aux regards interdits) qu'à la richesse des détails qui composent le scénario. Heureuse idée, en effet, que d'être allé chercher du côté de Mara Goyet, elle-même professeur d'histoire-géographie en région parisienne, et de son effronté livre Collèges de France (Fayard, 2003). Où l'on retrouve les clichés, les discours et les réflexes qui accompagnent le quotidien du “ petit monde des profs ” : mémorable séquence dans laquelle Madame Krikorian (Noémie Lvovsky) explique à Jahwad (Arié Elmaleh) que pour séduire Pivoine (Elodie Navarre), la jeune prof au caractère bien trempé, il doit aimer “ le cinéma uzbek, les voyages lointains et solitaires, la randonnée, développer ses photos tout seul, et signer des pétitions - toute sorte de pétitions ”.
Derrière ces petites vérités inhérentes à la “ bonne conscience professorale ” se cacheront toutefois d'autres secrets d'ordinaire moins exposés, comme le ras-le-bol de Pivoine pour le cinéma uzbek (et le “ profil prof ” en général), la jalousie qui opère entre les certifiés et les agrégés, ou le désir sourd qui émane des élèves d'avoir un prof « vivant ». Joyeux retournement de situation où les 4ème désespèrent de la défaillance de l'autorité : “ C'est n'importe quoi. A part le mot bouffonner, vous nous avez rien expliqué ”, “ Vous faîtes de la présence sur notre dos pour toucher votre salaire minable. Au trimestre prochain, j'espère que vous ferez des progrès ! ”.
Si la représentation des élèves est un exercice risqué, tant il peut être empreint de clichés, le dosage se révèle ici subtil : jamais les élèves ne sont montrés comme “ tous victimes ” ou “ tous sauvageons ” - ils ont quoi, quatorze, quinze ans. Et puis peu importe, au final, les paramètres du crédible ou du politique. Le rythme des séquences et la légèreté des sentiments épousent ce désir simple qui veut que l'inconséquent Jahwad ne soit pas démasqué. C'est sympathique, enjoué, à l'image de cette question d'Aïcha : “ Monsieur, vous croyez que Sganarelle, il va niquer Martine ? ”. Face à tant d'énergie, on pense un instant à l'émouvante Esquive d'Abdellatif Kechiche (2004), et c'est plutôt bon signe. Même si cette fois, le film se résume à une comédie réussie.
L'Ecole pour tous
Réalisé par Eric Rochant
Avec Arié Elmaleh, Elodie Navarre, Vincent Desagnat
France, 2005 - 97mn
Sortie en France : 18 octobre 2006
