Le Hérisson de Mona Achache


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L'élégance d'une adaptation



Cette adaptation de L'élégance du hérisson est... élégante en effet, la jeune réalisatrice Mona Achache jouant finement la carte du ni trop ni trop peu. Résultat : un premier film bien maîtrisé, sobre mais pas tiède, porté par une distribution inspirée.
Adapté du roman de Muriel Barbery (L'élégance du hérisson, Editions Gallimard, 2006), ce premier long métrage de la jeune réalisatrice Mona Achache en a conservé une dimension très littéraire. En particulier, les répliques de la petite Paloma, onze ans, sont si soigneusement écrites que certaines pensées sonnent de façon bien adulte dans sa bouche de fillette... Trop écrit, trop réfléchi se dit-on d'emblée. Mais la légère gêne cède vite ! Car passé le premier quart d'heure, ce diable de hérisson parvient à faire vivre son histoire sans réserve.

L'air de rien, le film remporte la partie grâce au fin dosage de ses ingrédients. Les personnages en tête. Certes hérités du livre, auquel une partie du mérite revient donc, ils n'en prennent pas moins chair à l'écran avec une incroyable justesse. Ils sont bien écrits, et fantastiquement joués. Josiane Balasko, courageuse d'apparaître non apprêtée et même enlaidie, confirme à quel point elle est une sublime comédienne. Elle donne à son rôle de concierge lettrée une touchante humanité, sans jamais tomber dans les pièges tendus de l'outrance. A mesure que son personnage évolue, elle gagne en émotions et en sourires, prend subtilement des couleurs. Finement et sans saccade, la progression est fluide, grâce à un jeu, une écriture et une direction aussi bien pesés les uns que les autres. En face, le japonais Togo Igawa, bien que récitant son texte phonétiquement, n'est jamais à côté de la plaque. Il incarne à merveille le prince charmant de cet improbable conte moderne. Les seconds rôles enfin ne font jamais tapisserie, apportant une texture supplémentaire par leur égale qualité de jeu : Anne Brochet (décidément trop rare), Wladimir Yordanoff, Ariane Ascaride ne loupent ni un regard ni une syllabe.

Le plaisir du cinéma

Côté mise en scène la sobriété domine, sans virer pour autant au simplisme. Quelques brefs intermèdes dessinés et animés, en noir et blanc, interviennent en guise d'illustrations. Ils apportent une touche onirique qui pose par moment l'esthétique à la lisière du réel. Dans le même esprit le traitement en quasi huis clos, avec le respect d'une unité de lieu pour ainsi dire théâtrale, contribue à créer une atmosphère hors du temps. Un splendide plan de toits parisiens sous l'orage, aux couleurs picturales, nous éloigne encore d'un quotidien standard. Tout comme la déco intégralement japonaise qui rhabille un appartement bourgeois parisien... Et c'est là finalement la clef de la réussite de ce hérisson : s'éloigner juste assez de la réalité pour susciter l'évasion. Le vrai plaisir du cinéma quoi.

Le Hérisson
De Mona Achache
Avec Josiane Balasko, Garance Le Guillermic, Togo Igawa
Sortie en salles le 3 juillet 2009

Illus © Pathé Distribution

 

Julie Deh

Le 29 juin 2009
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