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L'enjeu du film est justement là, dans ce mécanisme en deux temps qui amène l'homme à commettre le plus grave des péchés, pour ensuite, après les doutes et la culpabilisation, en être absout. Lors de l'évacuation d'une ambassade, au Yemen, le colonel Terry Childers - Samuel L. Jackson - a ainsi donné l'ordre de tirer sur une foule de manifestants. De retour au pays, il passe en cour martiale pour ce geste qui déshonore en apparence le corps des Marines. Toute sa défense consistera alors à affirmer que des personnes belliqueuses et armées se dissimulaient parmi la foule de civils. Pour prouver son innocence, il fera appel à son vieil ami et avocat, le colonel Hodges - Tommy Lee Jones -, à qui il sauva la vie trente ans plus tôt, au Vietnam.
Est-il besoin de préciser qu'au dénouement, le militaire agressif mais loyal sera acquitté, bien qu'il ait fait passer par les armes près d'une centaine de victimes dont des femmes et des enfants. Mais, il est vrai, ils étaient arabes et musulmans, alors c'est moins grave. Et puis, comparés aux vils diplomates pleins de duplicité et qui ne pensent qu'à leurs intérêts immédiats, le colonel, lui, au moins, est respectueux du serment prêté à la nation.
Tout cela est évidemment ignoble et écoeurant. Et il faut de plus supporter successivement le salut au drapeau accompagné de la larme de circonstance, drapeau qui a été auparavant déchiré et criblé de balles par de méchants islamistes, les amitiés viriles et musclées de soldats avinés, et la glorification de l'armement américain. Tout cela sans que l'ironie pointe à l'horizon.
En 1992, Des Hommes d'honneur nous avait déjà édifié en présentant comme innocents deux bidasses qui en avait assassinés un troisième, sous le fallacieux prétexte qu'ils avaient obéi aux ordres d'un général paranoïaque. Le révisionnisme n'était pas loin. Maintenant c'est la guerre du golfe que les "états-uniens" nous rejouent indirectement, en cherchant à se délester du poids des conséquences meurtrières du blocus irakien. Et le métier des acteurs et du réalisateur, qui fut en son temps une des grands exégètes du Mal (L'Exorciste et Police Federal Los Angeles l'attestent), d'où son intérêt logique pour ce projet, n'y changera rien. La chose est nauséabonde, sans être sulfureuse. Il vaut mieux revoir, sur un sujet proche, Ouragan sur le Caine qui, sans être un grand film, était autrement passionnant et brillait du feu d'un magistral Humphrey Bogart. Depuis, les années ont passées, et maintenant, les ombres du Vietnam et de l'Irak s'étendent, entachées de mauvaise conscience. Mais n'ayez crainte, car Dieu les sauvera tous, paraît-il.
L'Enfer du Devoir
Réal. : William Friedkin
Scén. : Stephen Gaghan
Avec : Tommy Lee Jones, Samuel L. Jackson, Guy Pearce, Bruce Greenwood.
Sortie nationale 2000
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