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Construit comme une boucle, le clip part de la fin pour aller vers la fin. Pas avec cet artifice narratif usé consistant à montrer un bout du final pour créer un suspense facile et malhonnête. Non, ce faux retour dans le temps, où la fin est le point de départ et la conclusion, c'est déjà tout le cinéma de David Fincher. Et ce clip, le bréviaire ou une prémonition de L'étrange histoire de Benjamin Button, son dernier film, peut-être le plus beau, certainement le plus personnel. Un film dont on se souvient comme d'un songe aux images embrumées, noyées dans les eaux troubles du temps ou parasitées par les filtres de la mémoire.
Récit extraordinaire d'un homme étrange

Après une brève amorce sur une histoire parallèle reprenant le motif de l'horloge vu dans Bad Girl, le film navigue entre le récit extraordinaire de cet homme étrange et l'hôpital où nous comprendrons vite que cette femme, et cette fille, ne sont pas étrangères à Button. On passe du présent au passé, au rythme d'une narration suivant les grandes étapes de ce héros né bébé mais avec le visage d'un homme de 80 ans. Le ton est d'emblée celui d'une fresque romanesque puissante et naïve, étrangement contenue, presque en sommeil. Le style est ample, post-maniériste, sans tour de force, voué à fabriquer une esthétique cohérente et harmonieuse.
Beauté naïve
Benjamin Button est bâti comme un résumé de son personnage, que Brad Pitt interprète avec un subtil jeu en retrait et par un procédé intégrant son visage à quasi tous les âges possibles. Son récit est à la fois compact et dilué, se focalisant sur des moments significatifs ou plus anecdotiques - si on pense à Forrest Gump, signé du même scénariste, on est plus proche de L'Homme sans âge. Tous ces instants composent un kaléidoscope, les extraits d'une existence insolite et banale, les bribes d'un journal qu'on écoute et regarde comme une histoire lue au coin du feu. Les pièces du récit, chronologiques, s'enchaînant avec un effet continu de cristallisation, tels les passages clés d'une vie brillant d'une intensité définitive et irréelle.
Entre rêve et livre illustré, on suit fasciné ce personnage traversant le siècle passé. Mais de l'Histoire, nous ne saurons ni ne verrons presque rien. Button est au-delà, son destin à part le plongeant dans un émerveillement perpétuel mais décalé qui le situe hors du temps. L'effet produit par la densité de la mise en scène et un scénario aux facettes ciselées, ne cesse alors d'en souligner avec une grâce aérienne et dangereuse la splendeur tragique. Au risque de l'excès ou du tape à l'oeil, le film répond par un renversement permanent : il n'est pas superficiel ou boursouflé mais transparent et presque épuré, éclairé d'une beauté naïve à l'image de son personnage au regard toujours neuf.
L'éternel retour au zéro
Récit cristallin à la splendeur d'une nature morte, Benjamin Button se déploie avec une fluidité à l'élégance soutenue. Fincher optant pour une esthétique faite de chromos saturés fixés par une laque aux reflets mordorés. L'image évite ainsi l'esthétique de brocanteur, pour créer une gamme de teintes où l'huile semble remplacer la lumière. Car il y a quelque chose de pictural dans Benjamin Button, jusque dans la fermeture du récit qui comme Bad Girl prend la forme d'une boucle. L'éternel retour au zéro, où durant l'intervalle une vie est passée, demeurant l'obsession de Fincher, sa vision de l'infini des possibles : c'est le zéro infini, évoqué ici littéralement dans un dialogue.
Et nul autre personnage que Button ne l'a mieux montré. Au fil d'une grande fresque romantique illuminée par un amour impossible (pour Cate Blanchett, la femme sur le lit d'hôpital), il devient spectateur de la vie et du monde. Qu'il traverse inlassablement, sans s'installer, étranger du quotidien et au bonheur familial, son regret et sa chance. Pour Fincher, le cycle inéluctable des choses illustre ici l'absurdité de l'existence. Face à ce vide, le destin de Button forme un cercle où les rencontres sont les points essentiels et divergents d'une vie en constante découverte. Quand son corps, éternellement en différé, révèle la tragédie des apparences pour mieux fixer dans un éther intemporel la beauté des sentiments. Sublime.
L'étrange histoire de Benjamin Button
De David Fincher
Avec : Brad Pitt, Cate Blanchett, Tilda Swinton
Sortie en salles le 4 février 2009
Illus. © Warner Bros. France
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