| 1 | Twilight - Chapitre 2 : tentation |
| 2 | 2012 |
| 3 | Le Concert |
| 4 | Trésor |
| 5 | Le Petit Nicolas |
| 6 | Rapt |
| 7 | L'Imaginarium du Docteur Parnassus |
| 8 | L'Homme de chevet |
| 9 | A l'origine |
| 10 | Micmacs à tire-larigot |
| . | Vincere |
| . | Le Drôle de Noël de Scrooge |
| . | Capitalism : A Love Story |
| . | Le Vilain |
| . | Zombieland |
| . | Hadewijch |
| . | Une Affaire d'Etat |
| . | Kinatay |
| . | Les critiques Cinéma |



En ce mois d’août étouffant, Richard O. (Mathieu Amalric), animal gominé, a ses chaleurs. Paris s’offre à sa frénésie sexuelle via son ami, Grand (Stéphane Terperaud), sorte de héron haut perché dont l’apparence troublante cache une grande sensibilité. Celle-ci lui permet d’aborder, avec succès, des femmes dont il tire un parti surprenant.

Excessive, cette quête éperdue d’une sexualité dédiée aux fantasmes féminins a toutes les apparences d’une fuite en avant. Sautant de femmes en femmes, à bout de souffle, Mathieu Amalric baise à perdre haleine… au bord du précipice. Plutôt convaincant dans ce rôle inattendu, son jeu heurté sonne pourtant faux quand il rejette la femme qui voudrait lui faire un enfant, lui assénant ses envies « d’autres choses ». Trop éloigné de ce souci des corps qui irrigue l’ensemble, trop cérébrale peut-être, cette colère artificielle paraît hors-sujet. Il s’agit pourtant de la scène pivot devant justifier les futures errances sexuelles du héros (car il erre O.). Il y explique avec rage son besoin d’expériences, incompatible avec la paternité. A partir de cette rupture, il se laisse guider par ses instincts, prend des chemins de hasard et… jouit. En bref, pour éviter de se reproduire, Richard O. multiplie les petites morts.
Revendiquant un film sexuel, poétique et burlesque, Odoul réussit son pari aux deux tiers, échouant seulement à nous faire rire. En revanche, une angoisse sourde émane en permanence de cette folle sarabande sexuelle qui parle de sens, d’instincts et de pulsions. De l’effet de répétition, d’accumulation des rencontres, transpire un mal être, une frustration de ne pouvoir tout vivre, qui renvoie l’homme à sa condition d’animal évolué. Coincé entre ses désirs contradictoires et la construction morale de la société, O. transforme cette mélancolie en une quête abstraite et poétique dont l’interprétation reste ouverte. S’agit-il de signifier l’absurdité qu’il y a à donner la vie si l’on s’avère incapable de la vivre soi-même et d’en explorer toutes les potentialités ?
Peu importe, en fait, même si la dernière partie, en changeant de perspective, pourrait laisser affleurer un schéma binaire assez réducteur. C’est plutôt la façon de filmer l’amour, dans sa bestialité ou sa stupide naïveté, qu’on préfère retenir. Il n’y pas de leçons à tirer de cette ébauche de la débauche. Juste une intensité du moment à prendre pour ce qu’elle est. Ni plus ni moins. Déclaré mort dès la première scène, Richard O. est un cadavre, exquis, dont l’errance surprend toujours et c’est déjà pas mal.
L'Histoire de Richard O.
De Damien Odoul
Avec Mathieu Amalric, Stéphane Terperaud, Ludmila Ruoso
Sortie en salles le 19 septembre 2007 - Interdit aux moins de 16 ans

Illus. © Bac Films
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z