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L'Ile

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Mystères sans fond d'un lac d'Asie

"L'Ile" est un microcosme qui pour être fascinant, n'en est pas moins un piège. S'y dessine un univers clos, une bulle, où chaque élément est symbole. Les images, les mouvements, les actes, tous enveloppés du mutisme des personnages, renvoient à une signification destinée à être décryptée.

- Lire aussi le dossier consacré au Cinéma coréen - Lire aussi le portrait de Kim Ki-duk

L'originalité du principe tient dans le fait que ce symbolisme ne renvoie qu'à lui-même, perdant dès lors son universalité. Il élabore au fil des remous de son histoire un conte cruel et violent où les protagonistes se délestent petit à petit de leur humanité pour se fondre dans le monstrueux. Nous ne sommes plus alors dans le registre animal, ce n'est plus du sang qui coule aux sons des cris de douleur. Non, nous sommes dans le végétal et dans l'aqueux, et c'est de la sève qui s'échappe de ces corps qui n'en sont plus. La chair de ces êtres est si abîmée, malaxée, maltraitée, qu'ils en deviennent autre chose. Ils se transforment en plantes carnivores obéissant une autre logique que la nôtre.

Et c'est là qu'achoppe ce film au parfum si étrange, si capiteux. S'il est tout à son honneur d'échapper à toute analyse, il atteint aussi un tel degré de monstruosité qu'il ne nous concerne plus. Il suit un autre courant. Il glisse entre nos mains pour, peut-être, remonter vers les profondeurs de l'inconscient. Il s'aventure dans une noirceur si enfouie qu'elle n'est plus nôtre. Freud et Jung y auraient trouver leurs comptes, qui sait ? Ce monde fermé, hermétique, où une femme muette, gorgone vengeresse, tue les hommes qu'elle a préalablement laissé, avec leur consentement, sur une baraque flottante au milieu d'un lac immense, où une passion se noue dans la saignée et la mutilation, ce monde aurait pu les subjuguer. Il n'en offre pas moins le spectacle de monstres dépourvu d'humanité.

Le phénomène est tel que nous éprouvons plus de compassion pour les animaux que le film aligne comme un tableau de chasse que pour ces êtres à l'apparence humaine. Les poissons sont scarifiés ou asphyxiés, les chiens écartelés, et les oiseaux noyés. Toutes ces maltraitances rappellent l'œuvre de Werner Herzog, ce grand cinéaste aujourd'hui trop discret. Celui-ci n'hésitait pas à provoquer la souffrance de l'animal et à la rendre sur l'écran pour, en retour, interroger l'indignation du spectateur. Il élaborait une sorte de cinéma épidermique dont pourrait se réclamer Ki-Duk Kim. Mais, à la différence de son prédécesseur, ce dernier ne questionne rien. Sa peinture est chatoyante et hypnotisante. Sa matière est un trou, une béance, une île herbue et sombre, profondément féminine, qui avale tout ce qui la regarde de trop près. Il joue avec les archétypes jungiens. Et tout cet amas ne débouche sur rien. Il produit des images qui effectivement ne peuvent laisser indifférent, mais qui génèrent au mieux le rire. Aucun malaise ne nous étreint. Et c'est dommage.

L'Ile
Réal. : Kim Ki-duk
Avec : Suh Jung, Kim Yoo-seok, Park Sung-hee.
Corée du Sud, 2000, 1h28.***
Sortie en salles le 25 Avril 2001

Sur le web :
- Lire la chronique du film Adresse Inconnue de Kim Ki-duk (2004) - Lire aussi le dossier consacré au Cinéma coréen - Lire l'interview de Jean-François Rauger, programmateur de la rétrospective "50 ans de cinéma coréen" à la Cinémathèque française - Lire le portrait du cinéaste Kim Ki-duk
Manuel Merlet


• Casting de L'Ile

Réal. : Kim Ki-Duk
Avec : Suh Jung , Kim Yoo-seok , Park Sung-hee , Jae Hyun Cho

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