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Chabrol n'a donc besoin que d'une idée de scénario intéressante : des acteurs, une région gastronomique et c'est parti pour trois mois de tournage. Ici l'idée est des plus attirantes : mettre sur le devant de la scène les dessous d'un scandale politico-financier qui a rythmé le quotidien des Français pendant quelques années. L'Ivresse du pouvoir raconte le scandale de l'affaire Elf sous le prisme de la juge. C'est d'elle dont il est question. Embarquée dans son affaire, dans le pouvoir qu'elle lui donne, elle néglige sa vie privée. De l'ingérence de la vie professionnelle dans les affaires personnelles. On constate alors que les juges sont des êtres humains imparfaits, pas totalement insensibles aux feux de la rampe et aux couvertures de Paris Match. Ils ne sont pas exempts d'une certaine jubilation à exercer leur métier, dit le film, surtout quand il leur offre le droit d'envoyer ceux qu'ils voient comme des salauds en prison. Ils peuvent aussi brûler pris dans le tourbillon grisant de leurs responsabilités. Aléas de l'actualité, la sortie de L'Ivresse du pouvoir arrive au moment de l'audition du juge Burgaud suite à l'affaire Outreau.
Regarde les riches
Pour traiter de ce problème, Chabrol a choisi de parler de l'affaire Elf. Mais l'envie de tenir un propos sur ce scandale qui a longtemps fait la Une des journaux parasite son film. Il ne s'agit plus seulement du pouvoir du juge et de sa vie - en ce sens, Chabrol aussi est ivre de son pouvoir de cinéaste. Loin de s'emparer totalement de ce sujet et d'en dénoncer les perversions, le cinéaste l'évoque comme autant de citations de l'air du temps. Le premier petit jeu consiste à remarquer combien les acteurs ressemblent aux protagonistes des événements réels. Si Messieurs Le Floch Prigent et Pasqua sont reconnaissables au premier coup d'œil, la putain de la République et l'ex-ministre sont moins présents... Le deuxième est de constater que l'affaire s'est en effet déroulée de manière chronologique et qu'il y a une certaine ressemblance avec des faits ayant existé.
Toutefois après ces conclusions, on se dit : "et alors ?" Citer une affaire, aussi scandaleuse soit-elle, suffit-elle à faire un film ? On peut avancer que oui et, en ce sens, aller voir ce film comme les Grecs allaient au théâtre voir la mise en scène des « passions » condamnables... Il y a dans l'attirance a priori pour ce film, quelque chose d'assez similaire à ce qui fait acheter un magazine people : l'envie de savoir comment les autres, les forts et les inatteignables vivent.
Ainsi Chabrol nous fait « son cinéma ». Rarement cependant il travaille la position de sa caméra ni ne compose vraiment la lumière... Seul le travail de la costumière est notable. On lui doit les vêtements minables du financier déchu et les petits hauts chics de la juge incarnée par Huppert. On lui doit surtout ses gants rouges qu'on voit sur l'affiche... De là à dire que son personnage a les mains dans le sang, vraiment, on hésite à être si peu subtil. Avant de tomber dans une ivresse critique, on ajoutera au rayon lourderie les interprétations de Patrick Bruel et de François Berléand qui ont tout à envier au travail d'Isabelle Huppert et de Marilyne Canto... On pourrait être plus vindicatif, mais boire le vin mauvais n'est agréable à personne !

L'Ivresse du pouvoir
Un film de Claude Chabrol
France, 2005
Durée : 1h50
Avec Isabelle Huppert, François Berléand, Marilyne Canto...
Sortie salles France : 22 février 2006
Sur le web : - Le site du film http://www.livressedupouvoir.com/
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