L'Oeil du mal de D.J. Caruso


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Play again oncle Sam



Attention, nouveauté : si pour vous l'histoire du cinéma commence avec Fight Club, ce film est fait pour vous. Pour les autres aussi, L'œil du mal compilant joyeusement les références à l'heure du jeu vidéo. Limite sur le fond, mais ludique.
Il fût une époque où le côté Mister Hyde et les penchants cinéphiles de Steven Spielberg étaient pris en charge par Joe Dante et Tobe Hooper. C'était les années 80, celles de Gremlins et Poltergeist, que le barbu pilotait en coulisse en allongeant l'oseille sans mettre en jeu son image. Adieu sympathiques piliers du bis seventies, en ces années 2000, Spielberg a trouvé ses nouveaux Pygmalion, Michael Bay et D.J. Caruso. Et qui dit nouvelle génération, dit nouveaux enjeux esthétiques. Si le style du premier n'est plus à prouver, on cherche encore celui du second. Une piste probable : depuis son dernier film, Paranoiak, Caruso semble incarner la nouvelle conscience cinéphile de tonton Steven. Mais attention, coup de jeune. Avec sa synthèse improbable entre Fenêtre sur cour et le teen movie à l'époque de Youtube, Paranoiak braconnait sur le terrain d'une histoire du cinéma pour les nuls, s'accaparant le classique d'Hitchcock par-dessus la jambe, à peine deux trois idées à sauver. Toutefois, l'expérience a été salvatrice et Caruso de trouver son filon : revisiter le cinéma américain, vite, en juxtaposant toutes les références possibles, pour le fun, car après tout le public visé n'y connaît rien. Alors autant cliquer partout, et ainsi accoucher de L'œil du mal, synthèse folle et conceptuelle entre La Mort aux trousses, 2001 et Ennemi d'Etat, saupoudrée d'extraits de Matrix, Die Hard 3, Destination Finale ou Wargames. C'est beaucoup.

C'est beaucoup, mais pourquoi pas ? Grande course poursuite où Shia Labeouf et Michelle Monaghan sont forcés de faire équipe en suivant à la lettre les ordres d'un super ordinateur militaire qui déraille, L'œil du mal réussit par endroits son pari. Pas au niveau politique, le film s'embourbant dans un discours borderline où sur fond de société réticulaire et d'angoisse high tech pour facebooker paranoïaque, Caruso tente de construire une parabole moralisatrice sur le terrorisme des années Bush. Passés ces égarements où un ersatz du HAL de 2001 veut buter la présidence par fidélité à la Constitution (vertigineusement théorique), le film se fait plus motivant lorsqu'il déploie de multiples situations pour transformer ses personnages ordinaires en héros de film d'action. Cinéma purement générationnel jusqu'au pixel, L'œil du mal renvoie surtout au jeu vidéo dans sa manière d'organiser l'espace en faveur des corps qui le traversent. Ainsi lorsque les héros sont drivés par téléphone et qu'autour d'eux le contexte se modifie pour les aider à évoluer sans contrainte, on pense vite à ces didacticiels du jeu vidéo où le joueur est assisté par l'ordinateur afin de s'initier aux commandes. De même pour ces jeux dits contextuels où l'action est facilitée par la machine pour donner l'illusion de réaliser des prouesses incroyables. Derrière son monticule de références filmiques larguées en désordre, L'œil du mal paie ainsi non sans déplaisir et efficacité son tribut à cette culture numérique.

L'œil du mal
De D.J. Caruso
Avec Shia Labeouf, Michelle Monaghan, Rosario Dawson
Sortie en salles le 24 décembre 2008

Illus. © Paramount Pictures France

 

Jérôme Dittmar Le 22 décembre 2008
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