La Bande à Baader de Uli Edel


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La rage du désespoir



Dans la RFA des années 1970, de jeunes idéalistes se perdent dans une spirale de violence infernale partants d'intentions pourtant pacifiques. Andreas Baader, Ulrike Meinhof et leurs compagnons de révolte sont admirablement mis en scène dans La Bande à Baader, qui revisite les années de plomb sans jugement moral ni admiration naïve, mais avec une précision aussi glaçante que le parcours de ce groupuscule terroriste.
L'Europe exorcise ses démons en revisitant ses grandes figures d'ennemis publics. En France le diptyque de Richet sur Jacques Mesrine, en Irlande l'IRA dans Hunger de Steve McQueen, en Allemagne, La Bande à Baader de Uli Edel.
Fascination morbide pour des figures criminelles ou simple exercice de compréhension de phénomènes qui ont marqué des générations ? La Bande à Baader, tiré du livre d'un ancien journaliste ayant connu certains membres de la Fraction Armée Rouge (RAF) et notamment Ulrike Meinhoff, a été écrit et réalisé par des personnes ayant été personnellement touchées par cette histoire, ayant suivi de près la montée de ce climat révolutionnaire, au départ fascinées, et très vite, avec les premiers morts, terriblement déçues. La recherche de sens est donc sans doute ce qui les motivait en réalisant ce film. Et la forme choisie est une chronique minutieuse des événements sur dix ans, des faits bruts, en laissant largement de côté les discours politiques de la RAF. Le résultat est un torrent d'événements dont on sait qu'il aboutit inexorablement à un déchaînement de violence, à la mort des principaux membres de la Bande, à un échec total.

Du point de vue narratif, le poids de cette histoire est lourd à porter. Comment mobiliser le spectateur face à des héros qui n'en sont pas, face à des événements dont on sait qu'ils finiront mal ? La monstruosité des faits, les ambiguïtés des personnages, le gouffre entre leurs intentions premières - créer un monde meilleur - et le résultat de leurs actions fascinent et révoltent, et la qualité d'écriture du scénario place sans doute le spectateur d'aujourd'hui face à la même incompréhension que les Allemands des années 1970. La réalisation brute, avec le minimum d'artifice d'éclairage ou d'effets visuels mais avec une caméra mobile, qui suit les personnages dans leur agitation furieuse, aboutit à un vrai choc visuel et rend la violence de certaines scènes, de combats de rue notamment, extrêmement réaliste. Les acteurs principaux sont absolument impeccables et semblent s'être jetés dans leur rôle avec autant de ferveur que celle qui habitait les personnages qu'ils interprètent. On en ressort éprouvés, malmenés et bourrés de questionnement, avec pourtant le sentiment d'avoir compris quelque chose de ces sombres années. Un film puissant.

La Bande à Baader
De Uli Edel
Avec Martina Gedeck, Moritz Bleibtreu, Johanna Wokalek, Bruno Ganz
Sortie en salles le 12 novembre 2008

Illus. © Metropolitan FilmExport

 

Vanina Arrighi de Casanova Le 12 novembre 2008
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