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Saluons tout d'abord l'intelligence de cette transposition contemporaine d'un roman du XVIIeme siècle : une fois isolée la substantifique moelle du récit de Madame de La Fayette, cette « infinie détresse amoureuse » dont se plaint ici Nemours, quel meilleur environnement lui donner que le lycée, où les premières histoires d'amour ravagent les cœurs et où les phénomènes de groupes recréent naturellement les phénomènes de cours ? Car après tout, c'est ici de la fin de l'adolescence qu'il est question, chacun des personnages se trouvant confronté à des situations qu'il affronte pour la première fois, et qui deviennent ainsi paroxystiques : Juni face à la passion d'un charmant séducteur, Otto à la perte de l'être aimé, Matthias à son homosexualité qu'il préfère garder secrète.
Porté par un groupe d'acteurs absolument fabuleux, Honoré saisit avec cette Belle Personne quelques détails précis et précieux de l'adolescence et de l'état amoureux, avec une justesse sidérante, celle qu'on retrouve dans ses précédents films. Blagues potaches, petits mots qui circulent de main en main, ballets des corps et échanges de regards, le film articule ainsi la logique de groupe à celle de la solitude, le besoin de paraître au désir de disparaître. Si le ton passe brusquement de la légèreté comique au drame sentimental pur, avec la présence toujours aussi magnétique de Louis Garrel en pierrot meurtri, on ne se lasse pas de la manière dont Honoré filme les élans du cœur, comme une sorte de flux, qui passe autant par la musique que par le corps de ses acteurs. Alors que chacun tente de mettre des mots sur ses sentiments (ce qui se révèle d'ailleurs bien dangereux, à l'occasion d'une lettre perdue), il suffit de quelques plans muets au cinéaste pour capter l'inexprimable. Alors qu'un élève passe un chant de La Callas en cours d'italien, il suffit d'un plan séquence accroché au regard de Nemours pour assister à l'un des plus beau coups de foudre que le cinéma ne nous ait jamais montré.
Idem, c'est souvent lorsque la caméra se ballade sur ces visages « giacomettien » en diable, encadrés par les murs grisâtres du lycée, au son de la douce voix de Nick Drake, que l'on se sent au plus près de ce qu'on pourrait nommer « l'état d'adolescence ». Parce qu'il n'essaie pas de nous faire comprendre - les motivations, les raisons « rationnelles » de leurs actes - Honoré trouve une approche ultra sensible de ses personnages. Ayant tiré la leçon du chanteur anglais (Who can know the thoughts of Mary Jane ?), il s'attarde sur ces regards, ces gestes, ces poses. Un des lycéens, sorte de double du cinéaste, tire le portrait de toute sa classe, chaque image devenant immédiatement l'objet fétiche et fantasmatique d'un tiers, amoureux du modèle. C'est peut-être pour sortir de ce statut d'objet fétiche, d'image adorée, que Juni fait un choix radical. Mais ce qui persiste, c'est la beauté frémissante de ces instantanés baignant dans une douce lumière bleutée.
La Belle personne
De Christophe Honoré
Avec Léa Seydoux, Louis Garrel, Grégoire Leprince-Ringuet
Sortie en salles le 17 septembre 2008

Illus. © Le Pacte
Anita Blum
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