La Colline a des yeux de Alexandre Aja


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Horreur vintage



Avec La Colline a des yeux, Alexandre Aja réussit à tourner un remake meilleur que l'original signé Wes Craven. Il gomme les défauts du premier film par une efficacité de mise en scène sans faille. Pourtant, si ses qualités et son esthétique actualisent un certain cinéma des années 70, les limites du film ne sont-elles pas celles du « vintage » ?
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À l'instar de toute chose, le cinéma, c'est cyclique. Depuis quelques années, on redécouvre les années 70 à renfort de commentaires, d'analyses, de sorties DVD et, depuis peu, de remakes en rafale (Massacre à la tronçonneuse, La Malédiction, Zombie - L'Armée des morts). On veut croire qu'à cette époque charnière de désillusion idéologique, le cinéma (surtout américain) aurait eu rôle symptomatique. Vrai. Mais ce qui aujourd'hui nous marque surtout, c'est une certaine liberté de ton et une esthétique en rupture avec le classicisme hollywoodien. Le cinéma, alors devancé par la télévision, tentait de faire revenir les spectateurs dans les salles. Les films ont donc dû dépasser les limites du montrable, racoler et inventer des styles (il fallait ce surplus de réel télévisé) répondant au regard d'un public avide d'excès. Pornographie et horreur furent les deux genres « faux jumeaux » à profiter le plus de ce terrain d'exploitation.

Une adaptation fidèle et contemporaine
En plein dans cette période, Wes Craven signait en 1977 son second long métrage, La Colline a des yeux. Complètement fauché, le film montrait une famille se faire décimer en plein désert par une bande de cannibales. Quoique radical et barbare, avec une extrême violence engendrant une réponse équivalente, La Colline a des yeux était loin d'être à la hauteur d'une vision aussi pessimiste et inventive que celle de Massacre à la tronçonneuse. Pourtant c'est ce film qu'Alexandre Aja (après Haute Tension, un deuxième long inintéressant mais sauvé par une mise en scène bien pensée) a retenu pour en faire un remake. Et parmi la kyrielle d'adaptations du genre, la version d'Aja s'impose curieusement par sa fidélité presque absolue au film de Craven. Il pourrait même passer pour un équivalent du Psycho de Gus Van Sant, version revue mais pas corrigée du film d'Alfred Hitchcock.

Quelques changements sont toutefois à noter. Chez Aja, les sauvages ne sont plus des cannibales, mais les habitants d'un village irradié durant des essais nucléaires (joli tour de passe-passe, puisque le site nucléaire était évoqué au détour d'un dialogue chez Craven). De la pure barbarie, on passe donc à la vengeance et la justification morale, ce qui change radicalement le point de vue. Le film sous-entend un état de victimes et un « background » historico-politique, tout en jouant sur le climat contemporain de paranoïa. L'actualisation est d'ailleurs au cœur du projet. C'est même ce qui le rend intéressant, jusque dans ses limites. En réussissant le pari d'être respectueux du matériau d'origine tout en corrigeant les défauts, Aja réalise un film plus palpitant que celui de Craven, qui pour le coup apparaît presque comme un brouillon ou une ébauche faite pour le remake.

Un réalisme efficace mais vide de sens
Cette drôle de « réussite », Aja ne la doit pas seulement à ses moyens techniques ou un casting enfin convaincant (celui du Craven était désastreux), mais à une approche qui reprend une esthétique fondée par les années 70, là même où celles-ci l'avait laissée. Il s'empare du style frontal et réaliste des caméras heurtées, inspiré par la télévision et le documentaire et que les Hooper, Romero et autres (notamment dans le « bis » italien) avaient utilisé par nécessités économiques et parce qu'il correspondait à une période donnée. Aja fait ainsi le trait d'union entre les époques. Dans le cadre ou entre deux plans, il retrouve par touches une porosité qui fait émerger le souvenir. Parallèlement, par une approche plus hystérique du réalisme, il crée une dynamique qui radicalise la mise en scène en la rendant plus efficace.

Pourtant, le dispositif et l'approche d'Aja ne sont pas sans limites. Si le film provoque des émotions intenses, l'idée des essais nucléaires est plus un prétexte qu'un vrai sujet. Rendre la monstruosité plus réelle, c'est vouloir jouer avec les images plutôt qu'avec un discours (que la version de Craven diluait déjà beaucoup). C'est là où le jeune réalisateur achoppe, malgré les ponts qu'il construit entre passé et présent. Au fond, sa version de La Colline a des yeux a des allures un peu « vintage ». Et la limite de ce phénomène, c'est de ne rendre possible les choses qu'à partir du passé, de faire que le présent n'est qu'une variation esthétique d'un passé vidé de son essence. De fait, bien que le film d'Aja fonctionne formellement (et par là, il provoque une certaine satisfaction), il n'a rien à dire et n'invente rien et ne peut donc être qu'un objet sans avenir. Il est comme bouclé sur lui-même, son réalisme agit en pure perte. D'où un paradoxe, commun à toutes les récentes adaptations déjà citées. En empruntant massivement au cinéma des années 70, la plupart des réalisateurs ont oublié que l'esthétique d'alors répondait à une dialectique inscrite dans son époque. Et ils n'en ont retenu que les images, pas le sens.

La Colline a des yeux
Un film d'Alexandre Aja
Etats Unis, 2006 - 107min
Avec : Aaron Stanford, Emilie de Ravin, Dan Byrd, Kathleen Quinlan, Ted Levine
Sortie en salles (France) : 21 juin 2006

Jérôme Dittmar Le 21 June 2006
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