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À l'instar de toute chose, le cinéma, c'est cyclique. Depuis quelques années, on redécouvre les années 70 à renfort de commentaires, d'analyses, de sorties DVD et, depuis peu, de remakes en rafale (Massacre à la tronçonneuse, La Malédiction, Zombie - L'Armée des morts). On veut croire qu'à cette époque charnière de désillusion idéologique, le cinéma (surtout américain) aurait eu rôle symptomatique. Vrai. Mais ce qui aujourd'hui nous marque surtout, c'est une certaine liberté de ton et une esthétique en rupture avec le classicisme hollywoodien. Le cinéma, alors devancé par la télévision, tentait de faire revenir les spectateurs dans les salles. Les films ont donc dû dépasser les limites du montrable, racoler et inventer des styles (il fallait ce surplus de réel télévisé) répondant au regard d'un public avide d'excès. Pornographie et horreur furent les deux genres « faux jumeaux » à profiter le plus de ce terrain d'exploitation.

Quelques changements sont toutefois à noter. Chez Aja, les sauvages ne sont plus des cannibales, mais les habitants d'un village irradié durant des essais nucléaires (joli tour de passe-passe, puisque le site nucléaire était évoqué au détour d'un dialogue chez Craven). De la pure barbarie, on passe donc à la vengeance et la justification morale, ce qui change radicalement le point de vue. Le film sous-entend un état de victimes et un « background » historico-politique, tout en jouant sur le climat contemporain de paranoïa. L'actualisation est d'ailleurs au cœur du projet. C'est même ce qui le rend intéressant, jusque dans ses limites. En réussissant le pari d'être respectueux du matériau d'origine tout en corrigeant les défauts, Aja réalise un film plus palpitant que celui de Craven, qui pour le coup apparaît presque comme un brouillon ou une ébauche faite pour le remake.
Un réalisme efficace mais vide de sens
Cette drôle de « réussite », Aja ne la doit pas seulement à ses moyens techniques ou un casting enfin convaincant (celui du Craven était désastreux), mais à une approche qui reprend une esthétique fondée par les années 70, là même où celles-ci l'avait laissée. Il s'empare du style frontal et réaliste des caméras heurtées, inspiré par la télévision et le documentaire et que les Hooper, Romero et autres (notamment dans le « bis » italien) avaient utilisé par nécessités économiques et parce qu'il correspondait à une période donnée. Aja fait ainsi le trait d'union entre les époques. Dans le cadre ou entre deux plans, il retrouve par touches une porosité qui fait émerger le souvenir. Parallèlement, par une approche plus hystérique du réalisme, il crée une dynamique qui radicalise la mise en scène en la rendant plus efficace.
Pourtant, le dispositif et l'approche d'Aja ne sont pas sans limites. Si le film provoque des émotions intenses, l'idée des essais nucléaires est plus un prétexte qu'un vrai sujet. Rendre la monstruosité plus réelle, c'est vouloir jouer avec les images plutôt qu'avec un discours (que la version de Craven diluait déjà beaucoup). C'est là où le jeune réalisateur achoppe, malgré les ponts qu'il construit entre passé et présent. Au fond, sa version de La Colline a des yeux a des allures un peu « vintage ». Et la limite de ce phénomène, c'est de ne rendre possible les choses qu'à partir du passé, de faire que le présent n'est qu'une variation esthétique d'un passé vidé de son essence. De fait, bien que le film d'Aja fonctionne formellement (et par là, il provoque une certaine satisfaction), il n'a rien à dire et n'invente rien et ne peut donc être qu'un objet sans avenir. Il est comme bouclé sur lui-même, son réalisme agit en pure perte. D'où un paradoxe, commun à toutes les récentes adaptations déjà citées. En empruntant massivement au cinéma des années 70, la plupart des réalisateurs ont oublié que l'esthétique d'alors répondait à une dialectique inscrite dans son époque. Et ils n'en ont retenu que les images, pas le sens.

La Colline a des yeux
Un film d'Alexandre Aja
Etats Unis, 2006 - 107min
Avec : Aaron Stanford, Emilie de Ravin, Dan Byrd, Kathleen Quinlan, Ted Levine
Sortie en salles (France) : 21 juin 2006
Sur le web : - Site officiel - Emilie de Ravin sur Ados.fr
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