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Le cinéma c’est aussi une question de génération. C’ est même un argument marketing, on fait des films en visant des tranches d’âge. Par conséquent, on peut dire qu’il y a des films qui s’orientent, bon gré mal gré, vers certaines générations. Certains de ses films ont donc permis de nous redéfinir, ils étaient des promesses (Hollywood à une autre époque, aujourd’hui encore pour ceux qui n’ont pas renoncé). D’autres ont pu révéler des choses à ceux qui se sont sentis concernés par le sujet de tel ou tel film. C’est cette approche, assez classique, qui est au cœur du film de Bernard Campan, La Face cachée. Celle d’un film dont le sujet parlera d’abord à une génération mais sans toutefois la cerner, la définir, parce que justement cela se produit malgré lui.

Mais qu’en est-il concrètement ? La Face cachée parle du couple dans ce qu’il peut générer comme malentendus, mal-être, doutes. Il est construit en chapitre qui chacun débute par un carton situant l’évolution du récit par week-end (puisque c’est le seul moment où l’on a le temps de réfléchir sur soi, c’est connu), et s’apparente à une radiographie dépressive d’un couple (Campan/Viard) qui semble incapable de se comprendre et se situer dans leur relation. Lui cherche à se rapprocher d’elle, se questionne, tente de faire des efforts entre deux phases de bricolage et de reprise du piano, mais elle reste distante, énigmatique, presque lasse et seulement préoccupée par ses sorties avec sa copine, ce qui naturellement fait naître le soupçon d’adultère et renforce la crise. Passant donc par une multiplication de petits moments vraisemblables (la scène de supermarché, passage obligé) qui cherchent à authentifier la justesse du regard, le film fonce droit vers le réalisme, limite le naturalisme, jusqu’à l’écoeurement (pour nous) ou la finesse (pour d’autres). Mais ce n’est pas le problème.
Entièrement assujetti au point de vue du personnage de Campan, La face cachée s’organise autour de lui, son regard sur son épouse, et tente de faire croire jusqu’à la fin qu’il ne nous parle que du couple, de ses crises qu’on connaît tous par cœur, au moins depuis Scènes de la vie conjugale. Seulement non, il a un autre sujet planqué dans son revers, son vrai sujet, celui qu’on doit taire pour ne pas révéler le fin mot de l’histoire. Et c’est justement le fait de devoir faire silence sur ce sujet qui nous dérange. Car le film crée une espèce de suspense autour de lui. On dira qu’il se justifie par l’idée qu’on suit le personnage de Campan, qu’on partage ses doutes, son malaise, son incompréhension et que nous non plus ne pouvons voir la fameuse face cachée de son épouse. Soit, pourtant il faut bien admettre que le film se construit avec ce suspense, qu’il utilise la vérité comme un procédé de cinéma et qu’étant donné la nature du sujet et ce réalisme, on peut trouver ça limite. C’est ça le vrai problème du film, de jouer avec des signes partiellement faux, de nous faire croire à quelque chose pour finalement nous dire in fine la véritable nature du mal. Campan est certainement honnête et entier dans ce qu’il filme, mais sa narration rend le sujet encore plus pénible qu’il ne l’est déjà réellement. Pesant voire plombant par ce qu’il raconte, La Face cachée devient presque inacceptable par ses méthodes.
La Face cachée
De Bernard Campan
Avec Bernard Campan, Karin Viard, Jean-Hugues Anglades
Sortie en salles le 19 septembre

Illus. © Wild Bunch Distribution
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