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Naomi Kawase nous revient avec une méditation où la fantaisie et la légèreté s’invitent dans une maison de retraite. Transmission des valeurs d’une génération à l’autre ou bien recherche commune, La Forêt de Mogari est une ode magnifique aux forces de la nature, toujours portée par la douceur qui caractérise les films de la Japonaise. Une merveille.
Au cœur d’une nature somptueuse, une jeune femme, Machiko, prend ses fonctions dans une maison de retraite isolée. Elle est habitée par un drame, la perte de son fils. Shigeki est un vieil homme un peu fou, enfermé dans la douleur depuis la mort de sa femme, 33 ans plus tôt, mais par instants aussi espiègle et intenable qu’un enfant de 5 ans. Tous les deux vont se rencontrer, se tester, puis faire une longue ballade dans la forêt environnante de Mogari, où ils vont progressivement redonner un sens au mot « vivre ». Avec deux personnages et un décors aussi somptueux que sauvage, Naomi Kawase signe une fable d’une intelligence et d’une splendeur bouleversantes. Si le « retour à la nature » a donné lieu à des films allant de l’horreur de Délivrance au calme - façon ballade folk - de Old Joy, ce schéma désormais classique s’ouvre ici sur une profondeur, une dimension où l’onirisme et le rêve jouent à égalité avec le réel.
Parce qu’ils sont voués à se comprendre sans avoir à l’exprimer par des mots, liés par le deuil d’un être cher, Machiko et Shigeki forment un tandem fascinant. Avec son style souvent proche du documentaire (le film est tourné dans une véritable maison de retraite, avec juste quelques acteurs professionnels), Naomi Kawase instaure un cadre fragile et léger dans lequel ce couple insolite se forme dans, et semble-t-il par, la nature qui les entoure. Tels des enfants dans un parc géant, Shigeki passe son temps à s’enfuir, et Machiko doit sans cesse lui courir après, dans des jardins paysagés totalement édéniques. Toute cette dépense physique, ce souffle court, semblent dans la vision de la cinéaste se mêler intimement aux arbres, à cette couleur verte chaleureuse, et à ce vent qui lui insuffle le mouvement et la vie, comme dans les très beaux premiers plans du film où la nature apparaît comme une matière mystérieuse et pleine d’une vie cachée.
Telle la pluie qui s’abat sur le défilé dans Shara, la tempête vient littéralement mettre à nu ces personnages et dévoile la raison de leur présence dans la forêt du deuil. Ainsi révélés à eux-mêmes, Machiko et Shigeki apparaissent plus que jamais égaux, aussi petits dans cette nature immense qu’ils sont à cet instant tout l’un pour l’autre. Naomi Kawase est une des rares jeunes cinéastes à filmer les personnes âgées avec une telle empathie. Depuis ses documentaires consacrés à sa grand-mère, qui l’a élevée, jusqu’à cette Forêt de Mogari, il n’y a qu’un pas. Le deuil, la disparition (Shara), la vieillesse sont ainsi des sujets qui habitent le cinéma de Kawase, qui parvient miraculeusement à transcender leur gravité par une poésie des images et une tendresse bouleversante. Comme tous ses films, La Forêt de Mogari laisse le spectateur face à ses angoisses les plus profondes, mais lui fait un don précieux : la grâce.
La Forêt de Mogari
De Naomi Kawase
Avec Shigeki Uda, Machiko Ono, Makiko Watanabe
Sortie en salles le 31 octobre 2007

Illus. © Haut et Court