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Mais le choix de faire de Là-haut un récit d'aventures (à travers le voyage de Carl en « maison-montgolfière ») marque en même temps le retour de Pixar à une structure connue. Cette exploration de mondes lointains évoque ainsi l'héritage de Walt Disney (Les Aventures de Bernard et Bianca, etc) et aurait pu enfermer le film dans un ton infantile. Pourtant Pete Docter, réalisateur de Monstres et Cie, profite de ce road-movie aérien pour subvertir et détourner le divertissement familial. Et Pixar de proposer une nouvelle fois un univers fictionnel d'une cinglante originalité...
Ampleur émotionnelle
Pour commencer, Là-haut possède un sensationnel premier quart d'heure. Coincé dans les ruines d'un quartier en mutation (cousin du chantier permanent que devait nettoyer Wall.E), Carl Fredricksen lutte contre l'assèchement des sentiments. C'est alors que surgit une séquence muette d'une émotion dévastatrice, qui voit le veuf acariâtre se remémorer sa vie de couple avec son épouse défunte. D'entrée de jeu, Là-haut a introduit les bouleversants enjeux de la quête du personnage.
Après ce tour de force, le voyage aérien de Carl et du jeune Russell peut commencer. La trame se fait alors plus prévisible, reposant beaucoup sur des effets burlesques ; le film s'essouffle par moments, ne parvenant pas toujours à transcender un récit dont le pic émotionnel se situe au début du métrage.
Pourtant, la rencontre des humains avec d'étonnants animaux (un oiseau aussi protecteur que stressant et des toutous qui parlent) réussit à distiller un sentiment d'impureté et de malaise. Une tribu de chiens rejoue ainsi devant nos yeux la dialectique du Maître et de l'Esclave et cette cruauté animale impose une authentique noirceur sous-terraine, la relation dominant/dominé venant naturellement contaminer les rapports humains (voir le personnage de l'explorateur Charles F. Muntz).
Mélancolie des origines
On réalise avec Là-haut à quel point la mélancolie a toujours été au centre des récits Pixar. Les personnages sont à chaque fois animés d'un manque, poursuivant un rêve qui semble révolu. Les derniers films du studio se servent ainsi de cet état dépressif pour ancrer un univers dont la note d'intention se dessine dès les quinze premières minutes : faire resurgir une humanité dont les images introductives se trouvent, logiquement, dépourvues.
En ce sens, Là-haut raconte une période de transition et saisit le moment où un vieil homme constate les limites de l'idéal qui l'a longtemps animé. Le modèle qui a façonné l'existence de Carl devient subitement un anti-modèle, mais cette mésaventure permet au vieillard de trouver un nouvel élan et de s'affranchir de ses anciens fardeaux. Une nouvelle fois, Pixar a su construire un optimisme fédérateur à partir des ruines de l'expérience humaine.
On notera également que la séquence d'introduction de Là-haut se déroule dans un cinéma, là où s'achèvent Public Enemies et Inglourious Basterds. En cette année 2009, tout se passe comme si le cinéma américain s'interrogeait sur la fonction véritable du septième art. La réponse qu'apporte Pixar est d'une limpidité à toute épreuve : favorisant l'illusion et la tromperie, l'écran de cinéma constitue pourtant le meilleur lieu pour rebondir et trouver une énergie nouvelle.

Illus.© Pixar Animation Studios
Là-Haut
De Pete Docter et Bob Peterson
Avec les voix françaises de Charles Aznavour, Tom Trouffier, Guillaume Lebon
Sortie en salles le 29 juillet 2009
Damien Leblanc
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