La Ligne verte de Frank Darabont

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Pour le meilleur et pour le pire

Le 1er mars 1995 sortait sur les écrans français un des meilleurs films de ces dix dernières années, les Evadés ( The Shawshank Redemption ), premier long métrage réalisé par Frank Darabont. Est-ce par superstition, ou complètement par hasard, mais ce 1er mars 2000 voit la sortie en salle de son second film, La Ligne Verte (The Green Mile).

Inutile de faire durer le suspense plus longtemps, cette nouvelle réalisation est bien moins réussie que la précédente. Dire pour autant qu’elle est complètement ratée serait jeter au pilori une œuvre qui ne le mérite pas.

Saluons tout d’abord les aspects positifs de ce film, qui raviront sans nul doute les spectateurs qui auront consacré trois heures de leur samedi soir à Monsieur Darabont. La Ligne Verte est une fresque impressionnante. Les 3h09 du film sont utilisées à la perfection. Il n’y a rien de trop, et il ne manque rien. Rare aujourd’hui sont les metteurs en scène qui prennent le temps. Tout va vite, tout doit aller vite pour satisfaire les exigences du studio ou du producteur. Or ici, Frank Darabont n’a pas hésité à faire durer son récit pour parfaitement présenter ses personnages, ses caractères, les situations de vie, les mises à mort…
Car l’essentiel de l’histoire, puisque je ne vous en ai pas encore parlé, se déroule dans le Couloir de la Mort d’une prison d’état, en Louisiane. Un jour de l’année 1935, arrive dans ce pénitencier, à la grande surprise du gardien chef Paul Edgecomb (Tom Hanks), un prisonnier noir à la carrure impressionnante. La crainte des matons laisse rapidement place à des sourires lorsqu’ils s’aperçoivent que ce mastodonte a conservé une âme d’enfant. Mais comment ce gentil géant, qui répond au doux nom de John Coffey et qui a peur du noir, a-t-il pu violer et assassiner deux fillettes blanches de peau ?… La description de l’univers carcéral, la présentation de Paul Edgecomb (le vieillard qui nous raconte sa vie dans le film) et le travail qu’il effectue avec ses collègues pour rendre les derniers instants des condamnés plus doux, dure bien en tout près d’une heure et demi. Non, ce n’est pas long, et c’est même ce qu’il y a de plus intéressant dans le film. Tout est filmé avec retenue et une certaine grâce. Nous sommes très proche alors, de l’univers envoûtant des Evadés.

Puis il y a un premier tournant, habilement amené par Darabont. Alors que l’on pourrait penser que, persuadé de l’innocence de Coffey, le gardien Edgecomb mette tout en œuvre pour prouver la non-culpabilité de l’homme noir, le réalisateur intègre une touche de surnaturel, une fantaisie de fantastique qui prend le spectateur complètement à contre pied. John Coffey, ce grand gaillard effrayant, provoque des miracles Divins. Il soigne, il redonne la vie, il "avale " les tumeurs… Bref, c’est un envoyé de Dieu ! Et c’est là que le réalisateur commence à perdre tout ce qu’il a mis en place de manière si parfaite. Ce huis clos (les scènes qui sortent du couloir, de cette ligne verte, sont très rares) si structuré, ces personnages si attachants, cet univers si fascinant… tout (ou presque) devient alors archétype et balourdise. En un clin d’œil, nous passons du meilleur au pire.

Les dialogues, déjà légers, sont de plus en plus insupportables. Les situations transpirent le bon sentiment mièvre des plus mauvaises séries américaines. Tom Hanks, en dévot mou et larmoyant, ne suscite plus chez le spectateur que l’irrésistible envie de lui foutre des claques. Mais tout cela n’est rien comparé au discours ahurissant de Darabont : il commence par réaliser un film humaniste et termine par faire une œuvre extrémiste ! La première partie de la Ligne Verte se place comme un pamphlet contre la peine de mort (très réussi d’ailleurs), avant de changer de voie et de prôner la vengeance et la justice personnelle. Les gardiens humanistes punissent les méchants comme des barbares, et John Coffey, l’envoyé de Dieu, tue (indirectement) meurtriers et mécréants. Ajoutez à cela un discours religieux pompeux et indigeste et vous obtiendrez la forme la plus parfaite de ce qu’est le cauchemar cinématographique.

Frank Darabont à incontestablement un talent de conteur extraordinaire, un savoir-faire de metteur en scène absolument indéniable et une capacité à faire parler une image parfaitement maîtrisée. Tout cela, nous l’avons découvert avec son premier film, et la Ligne Verte l’a sans aucun doute confirmé. Pourtant, s’il parvient si bien à utiliser son savoir-faire pour réussir le meilleur, il semble y arriver sans plus de difficulté pour nous faire subir le pire.

La ligne verte
De Frank Darabont
Avec Tom Hanks, David Morse, Gary Sinise
Etats Unis, 1999, 3h09.

Jonathan Lecarpentier Le 01 March 2000

Sur le web :


• Casting de La Ligne verte

Réalisateur : Frank Darabont
Avec : Tom Hanks , David Morse , Bonnie Hunt , Michael Clarke Duncan , James Cromwell , Michael Jeter , Graham Greene , Doug Hutchison , Sam Rockwell , Barry Pepper


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