La Possibilité d'une île de Michel Houellebecq


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Un navet sans radis



Michel Houellebecq rate son premier long-métrage dans les grandes largeurs. Sans inspiration, visiblement fauchée, cette adaptation prétentieuse de son propre roman est ennuyeuse et sans aucun intérêt.
Houellebecq derrière une caméra, on voulait voir et on a vu... l'un des vrais grands navets de ces dernières années. La torture est brève (1h25) mais paraît durer une éternité.

De nos jours, Daniel 1 (Benoît Magimel) accompagne son pathétique gourou de père dans de tristes zones industrielles où ils essaient de convaincre un auditoire misérable de la prochaine immortalité de l'homme. Peu concerné, le rejeton sera pourtant le premier cloné de l'espèce sous l'appellation de Daniel 25, 24e descendant artificiel de l'original et, semble-t-il, unique survivant d'un monde ayant connu l'apocalypse.

Du roman, Houellebecq occulte la plus grande partie et privilégie la fin, qu'il qualifie, modestement, de poétique. Effectivement, il essaie de tendre vers une sorte de composition abstraite dont il espère faire jaillir une inattendue beauté. Problème : il ne se passe rien et c'est très laid. Du coup, l'histoire d'origine est tout à fait incompréhensible pour qui n'a pas lu le roman et le « spectacle » s'avère consternant. Des plans sans aucune grâce ni idées de mise en scène s'enchaînent, plutôt mal, et sont incapables de nous intéresser au devenir des personnages.

Mal servis par des dialogues insipides, trop explicatifs et pourtant insuffisants à l'appréhension globale de l'histoire, les acteurs paraissent plus mauvais les uns que les autres. Il n'y a guère que le physique d'alcoolique dépressif de Jean-Pierre Malo qui s'en sorte avec les honneurs. Benoit Magimel, paumé mais pouvait-il faire autrement, ressemble à un négatif de Rocco Siffredi quand il tourne chez Catherine Breillat : un acteur « classique » égaré dans une œuvre si crade et méprisante pour le public quand elle devient pornographique. L'auteur/réalisateur et donc poète est probablement le seul qui puisse jouir de ce machin sans queue ni tête. Quant à son propos (Quel intérêt d'exister si l'on ne peut échanger avec l'Autre ?), il n'est jamais perceptible.

Paradoxalement, l'évidente absence de moyens n'empêche pas la prétention et la boursouflure de l'emporter. La faute, notamment, à une bande-son dont l'emphase excessive n'arrive jamais à occulter la médiocrité des images, encore moins à les élever. Même en arguant que cette forme illustre la triste condition humaine telle qu'elle est vue par l'auteur, difficile de ne pas penser que Houellebecq cultive son jardin de façon onaniste avec ce navet manifestement réalisé sans un radis et qu'il a d'ailleurs partiellement financé. On comprend les producteurs... Fuyez !

La Possibilité d'une île
De Michel Houellebecq
Avec Benoit Magimel, Ramata Koite, Patrick Bauchau
Sortie en salles le 10 septembre 2008

Illus. © Mandarin Cinéma

 

 

 

Marc Petit Le 08 September 2008
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