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Pantins, humains ?
Hommes, femmes, cette femme, cet homme... Tous prennent la forme de pantins, qui déambulent, se croisent, se culbutent, mais ne se touchent pas. Solitaires ou réunis à l'intérieur de plans statiques, noyés dans une grande profondeur de champ qui les perd ou au contraire scrutés par un cadrage très ramassé, ils sont souvent filmés en plongée. Des fourmis ? Des êtres perdus, et qui ne se trouvent pas ? Leur humanité, en tout cas, se cherche. Les dialogues, d'ailleurs, sont quasi inexistants. Des interludes musicaux, colorés, loufoques ou sordides, surgissent à l'improviste. Ils jettent un regard oblique à la situation, renseignent elliptiquement sur la nature et les aspirations des personnages, avec un sens de la dérision et une drôlerie extravagante. De quoi apporter un peu d'air au film, sans qu'il gagne toutefois beaucoup en évidence.

Chaleur, désir, pulsions, excitation... La sensualité est paradoxalement traitée avec une distance crue. Dans ce registre, c'est la métaphore alimentaire, omniprésente, qui prend toute la place : comme sur l'affiche, le sexe de la femme prend la forme d'une pastèque. Et la femme, au passage, est réduite à son sexe. Plus que les scènes de porno cliniques, industrielles, c'est la nourriture qui devient obscène. Dégoulinante, excessive, emplissante, dérangeante, elle intrigue toujours. Alors, question : Tsai Ming-liang, en poussant à l'extrême la femme-objet pour en faire un aliment, produit de consommation courante, flirte-t-il avec la misogynie ? Ce doute affleure sans arrêt durant le film, sans qu'on trouve véritablement le moyen de trancher. Le dernier quart d'heure le renforce, le plan final est son apogée. A chacun de juger, car le propos du réalisateur se creuse de multiples zones d'ombre et l'impression qui reste est en forme de point d'interrogation. Quasi muet mais minutieusement construit, semé de séquences chantées à la joie triste, diablement coloré mais cerné de décors froids, le film est riche en contrastes. Certains quitteront la salle, ennuyés, dégoûtés, désorientés. D'autres ne perdront pas une miette de ce film atypique qui ne joue pas la facilité, et a raflé trois prix au festival de Berlin cette année, dont l'Ours d'Argent de la meilleure contribution artistique. L'art a cela de précieux qu'il reste opaque parfois...
La Saveur de la pastèque
Un film de Tsai Ming-liang
France/Taiwan, 2004
Durée : 1h55
Avec Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi, Lu Yi-Ching...
Sortie salles France : 30 novembre 2005
(interdit aux moins de 16 ans)
Sur le web :
- Consultez salles et séances sur le site Allocine.fr
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