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Il a grandi dans l'univers de la musique et des inventions. En 1947, son grand-père inventa le clavioline, un des tout premiers synthétiseurs sonores. Son père, passionné de musique, vendait des guitares électroniques. Lui, enfant, voulait être inventeur ou peintre, ou batteur. Aussi suffit-il de jeter un œil à sa biographie pour comprendre que Michel Gondry, aujourd'hui quadra, est en train de réaliser ses rêves. De son groupe pop Oui-Oui à la réalisation de ses clips pour Björk (Human behaviour et Bachelorette notamment), de ses courts-métrages (La Lettre, en 1998) à sa rencontre avec le scénariste Charlie Kaufman ( Human nature, leur première collaboration), il parvient en 2004 à confirmer ses talents de réalisateur et de conteur fou avec le très remarqué Eternal sunshine of the spotless mind.

Comment conjuguer une âme de petit garçon aux impératifs du monde adulte ?
Malin, Gondry axe son fil narratif sur la rencontre entre Stéphane et Stéphanie (Charlotte Gainsbourg), prenant la difficulté à se déclarer comme une parabole de la retenue à vivre dans le monde réel. L'idée, bien que peu innovante, laissait espérer de sa part un charme, une fable exquise qui aurait fait planer. Il est donc à la fois étrange et déconcertant de retrouver le ton sentimental et poétique de ses précédentes réalisations en y étant si vite noyé, le scénario lui-même semblant s'égarer.
Gael Garcia Bernal, en premier lieu, paraît s'interroger, comme embarrassé par ce rôle de grand garçon flippé. De fait, on ne croît pas à son incapacité quasi-autiste à retrouver sa douce voisine de palier (Charlotte Gainsbourg, d'une patience d'ange), et surtout, on ne s'en amuse pas. Et puis on étouffe dans cet appartement : la chambre d'enfant est claustrophobique et il ne sortira rien de son kitschissime faux studio de télévision. Poussant au paroxysme les représentations de son imaginaire, Gondry nous y perd, nous y oublie, nous y fatigue, nous y dévore. Les expérimentations se court-circuitent, se saturent, les rythmes sont épuisants, et les visions trop baroques pour ne pas révéler un rapport carnassier à l'enfance, un long cauchemar, un règlement de comptes qui ne nous regarderait pas.
C'est ici que la comédie n'opère plus. Elle s'enferre dans une fausse gaîté qui projette une angoisse de l'échec face à cet ogre qu'est le temps. Fausse bonne idée, donc, de revisiter cette chambre que Gondry a lui-même vite fait de quitter. Etrange sensation, aussi, de sortir de la salle sans se souvenir de la fin de l'histoire, habités à notre tour par ses visions, et bien malgré nous par cette petite morale qui assène que c'était mieux avant, que c'est trop dur maintenant. Maussade message qu'il sera préférable de dédaigner, pour se replonger enfin dans l'une des plus belles réussites du faiseur d'images, la simplissime pub pour Air France, avec la planante musique des Chemical Brothers interprétée par Hope Sandoval, Asleep from day.
La science des rêves
Réalisé par Michel Gondry
Avec Gael Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat
France, Royaume Uni, 2006 - 1h46
Sortie en France : 16 août 2006

Sur le web :
- Site officiel avec entretiens vidéos et extraits
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