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La Vie d'artiste

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De l'art triste à l'artiste

Malgré sa retenue, La Vie d'artiste, comédie douce-amère sur la quête de la gloire et le statut incertain de l’artiste, est plutôt séduisante. Elle est surtout bien servie par un trio de comédiens attachants qui atténue la froideur mécanique d’une écriture trop précise.

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Depuis la disparition de Robert Altman, le cinéma français se met au film choral : Ma place au soleil, Fragile, Le héros de la famille... Dans un genre souvent guetté par la prétention, Ma vie d’artiste a déjà cet avantage : il ne donne pas l’impression d’en faire trop. Au contraire, de sa retenue et de son humour discret émane un charme certain qui le rend bien sympathique.

Sans être à la rue, les trois aspirants artistes de Marc Fitoussi en sont à peu près au même point que Léo Ferré dans sa chanson éponyme (Et mon succès qui ne vient pas, Et notre pitance incertaine. Tu vois je n'ai rien oublié, Dans ce bilan triste à pleurer, Qui constate notre faillite…) : très loin de leurs rêves. Cora (Emilie Dequenne) chante C’est extra dans un karaoké triste. Alice (Sandrine Kiberlain) double des mangas japonais en attendant un vrai rôle et Bertrand (Denis Podalydès), prof par défaut, peine à finir son deuxième roman.

Sont-ils des artistes ? Eux-mêmes n’en sont pas vraiment sûrs, puisque, aujourd’hui, seule une reconnaissance de masse (Star’Ac etc.) stéréotypée, et souvent vulgaire, semble justifier cette appellation. Avec délicatesse, Marc Fitoussi montre que l’absence de reconnaissance altère la perception qu’ils ont de leur propre expression artistique. Malgré leur évidente sincérité, ils sont gagnés pas le doute et en oublient les raisons profondes de leur motivation. Gangrénés par la superficialité du monde qui les entoure, leur comportement n’est pas toujours recommandable et leur art peut devenir triste et superficiel.

Ces idées sont finement traduites par une écriture très sûre. Remarquable en tous points, celle-ci se distingue également en parvenant à conter, sans rupture, trois histoires entremêlées qui s’approchent sans jamais se rencontrer. Fluide et équilibrée, elle réussit la gageure de ne jamais donner la sensation d’assister à trois courts-métrages dissociés. La contrepartie de cette très grande précision, bien servie par une mise en scène sobre, est d’enfermer les personnages dans des scènes dignes d’un mécanisme d’horlogerie. Précise et minutieuse, chacune fonctionne très bien, mais ne laisse aucune liberté aux personnages. A ce niveau, le choix des comédiens, des « premiers-seconds » rôles sympathiques, s’avère fort judicieux. L’intransigeance d’Emilie Dequenne, l’ironie cassante de Sandrine Kiberlain ou la vanité de Denis Podalydès sont autant de défauts inattendus qui humanisent leur personnage sans altérer le capital sympathie dont ils disposent. En révélant ces pans de personnalité peu agréables, l’étau dans lequel l’écriture les avait enfermés se desserre quelque peu.

Rien de révolutionnaire pourtant, dans cette comédie douce-amère, plutôt fine, dont la tiédeur peut agacer. Seule surprise, ces trois destins qui permettent à l’auteur d’embrasser un large panorama des vicissitudes des milieux artistiques, ne convergent pas vers le final attendu d’un film choral. Car la vie d’artiste, avec ou sans Ferré, c’est avant tout la solitude.

La Vie d'artiste
De Marc Fitoussi
Avec Emilie Dequenne, Sandrine Kiberlain, Denis Podalydès

Illus. © Haut et Court

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Marc Petit