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Elle est loin la gloire du cinéma allemand. A quand déjà ? Fassbinder, Syberberg, Wenders ? Non, tout ça c'était déjà la fin, entre ruines fumantes de l'Histoire et post-modernisme. Murnau, Lang, Wiene alors ? Sans doute. N'en déplaise à certains, le cinéma allemand ne s'est jamais relevé du nazisme, il est mort avec les camps, comme beaucoup d'autres choses. L'état des lieux est certainement radical et les doigts se lèvent déjà pour hurler à l'hérésie, on ne dégage pas Fassbinder et Syberberg aussi vite. C'est vrai, ils ont bonne place dans les histoires du cinéma, personne n'osera contester leur valeur. Mais malgré eux, le cinéma allemand n'a pas survécu, ils n'étaient que des spectres. Alors aujourd'hui, c'est quoi le cinéma allemand ? Si on fait abstraction d'une production qui majoritairement ne franchit pas les frontières du pays, pas grand-chose. Un peu comme la France (mais sans ses auteurs qui font parfois encore survivre l'idée qu'il se passe encore quelque chose ici), l'Allemagne n'a plus rien à dire. Elle est morte (ou presque), comme en politique avec son fantasme d'une Europe impossible.

La vie des autres n'est pas sans qualité. Faux remake de Conversations secrètes (en exagérant un peu), il se révèle forcément tentant lorsqu'il montre comment l'art résiste et existe au cœur d'une machine totalitaire déshumanisante. Comment l'art, un peu façon Danny the Dog (dur comme comparaison), engendre et éveille une conscience humaniste même chez ceux qu'on croyait les plus assujettis au pouvoir (un flic de la Stasi hyper formaté chargé d'écouter l'appartement d'un metteur en scène de théâtre). L'art, les femmes, la musique, on a vu pire comme raison de se révolter contre le moment où la technique dirige le monde. Mais si Henckel von Donnersmarck cherche bien à montrer l'homme, sa possibilité, sa dignité, derrière la machine qui le substitue au réel, c'est au prix d'artifices de mise en scène reposant sur une idée parfois assez pauvre et manichéenne. Entre le flic endoctriné solitaire se tapant des putes dans son appartement déprimant (on a compris, c'est à son image), et le metteur en scène de théâtre vivant noyé dans les livres, accompagné d'une femme désirée par tous, au sein d'un appartement chaleureux où il écrira un article subversif, le procédé est comme un peu binaire. Et ce n'est pas la révolution éthique du flic à coup de Brecht chipé dans l'appartement de l'autre qui arrange les choses.
Devant La vie des autres, moins un cinéma du ressentiment que de l'obligation morale, on constate malheureusement que malgré quelques idées, ce n'est pas ça qui va changer la donne. Pour dire vraiment quelque chose, il aurait fallu être à la hauteur de Losey avec M.Klein, ne pas tomber dans le piège de la sensiblerie et des tours de manivelle complaisants. Pour Henckel von Donnersmarck, zéro prise de risque, quoique son film soit un peu plus digne et touchant que ce qu'on voit d'habitude du cinéma allemand, dont il ne redore pas l'image. Pire, il la laisse là où elle gît, dans ce compost de moralisme et de culpabilité où une nation entière veut se livrer à la psychanalyse. La vie des autres, c'est l'enfant sage du post-modernisme, on n'en sort pas, c'est un circuit fermé. On espère que son sujet reste intemporel, universel, et le message nous l'assure, mais après quelques tentatives et deux ou trois effets de suspens sympathiques, on comprendra que la grande idée du film repose sur une représentation qui n'a de valeur que pour sa nation et sa mémoire. Cette volonté de retour sur soi semblant autant nécessaire qu'inutile, automatiquement désamorcée dans ses fondements par une illustration correcte, propre, limite hygiénique. C'est même un peu ça, La vie des autres, une manière de faire le ménage chez soi.
La vie des autres
Réalisé par Florian Henckel von Donnersmarck
Avec Thomas Thieme, Martina Gedeck, Ulrich Mühe
Allemagne, 2006 - 2h17

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