La Vie moderne de Raymond Depardon


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Le passé a de l'avenir



Simple, poétique et émouvant, le troisième volet des Profils paysans, est un superbe témoignage du temps qui passe et des rapports de l'Homme à la Nature. Des paroles et des silences à déguster lentement.
C'est avec plaisir qu'on retrouve les vieux paysans (80 ans et plus) des deux précédents volets de cette trilogie (Profils paysans, chapitre 1 : l'approche, Chapitre 2 : le quotidien). Ils ne sont pas seuls, vite rejoints par de nouvelles figures dont le rapport au labeur et à la terre est bien différent. L'idée d'épanouissement personnel a, en effet, fait son chemin jusque dans ces contrées arides. Et ce rapport moderne à l'existence est bien difficile à accepter pour les patriarches, passionnés par leur métier. Mais si leur méfiance face à la nouveauté, notamment envers la « pièce rapportée » qui a épousé l'un des leurs, peut faire sourire, elle est surtout touchante. Peu bavards, ils ne disent finalement pas grand-chose et ce sont leurs silences, haussements d'épaule et regards, qui informent vraiment de leurs sentiments. A des années-lumière d'un monde où la redevance sert à payer les exhibitions putatives des talk-show de Jean-Luc Delarue, cette pudeur, combinée à l'intelligence de leur interlocuteur, un Depardon respectueux mais plus direct dans ses questionnements, est un soulagement qui fait chaud au cœur.

Le format cinématographique (Scope), différent des deux premiers épisodes, rend merveilleusement hommage à la beauté immaculé des paysages de moyennes montagnes mais aussi à celle des visages burinés, ridés et sains de ces hommes de peine. A sa manière, ce dispositif judicieux témoigne, lui aussi, de l'intrusion d'une modernité qui change notre rapport, et en l'occurrence notre regard, sur ce monde.

Bien que La Vie Moderne évoque à nouveau la précarité de la vie rurale elle ne tombe jamais dans la nostalgie déprimante. Les temps changent, c'est tout. L'ouverture et la conclusion, via de fluides et lents travellings sur les routes sinueuses des montagnes cévenoles renvoient d'ailleurs à l'idée de cycle. Celui des Hommes et de la Nature, irrémédiablement liés comme on le redécouvre en ces temps de Grenelle de l'Environnement. Ces paysans ne l'ont jamais perdue de vue, derniers dépositaires d'une richesse évidente mais oubliée, et leur regard semble, aujourd'hui, empreint d'une vérité fondamentale vers laquelle nous sommes bien contraint de nous tourner. Ainsi, de façon paradoxale, cette sagesse des anciens devient une attitude d'une grande modernité. La vie moderne, c'est aussi ça : un retour aux sources, vers des principes ancestraux qui n'ont jamais quitté certains mais que la marche folle du monde avait fini par nous faire oublier.

La Vie moderne
De Raymond Depardon
Sortie en salles le 29 octobre 2008

Illus. © Ad Vitam

 

Marc Petit Le 27 octobre 2008
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