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Laurence Ferreira Barbosa est une funambule. A chaque nouveau film, elle marche sur un fil tendu, non pas entre ciel et terre, mais entre la tentation du romanesque et le réalisme de ses personnages. Elle cherche une juste distance entre ces deux pôles, moteurs classiques de la narration. Et quelques fois, elle chute. Ce qui est le cas avec La Vie moderne.
Marguerite rejette famille et école pour s'isoler dans la foi et l'ascèse, lorsque Claire fuit son mari afin d'oublier, en passant d'homme en homme, ce qui lui manque : un enfant. Quant à Jacques, chômeur quitté par sa femme et sa fille et qui n'a plus rien perdre, il se jette dans une absurde histoire policière. Entre celle qui s'oblige à choisir ou qui ne sait plus ce qu'elle désire, et celui qui n'a plus le choix, le film louvoie pour, parfois, s'enliser. C'est un triptyque dont les morceaux, éclatés, hétérogènes, ne s'unissent jamais.
Prise dans cette géographie incertaine, la réalisatrice donne le sentiment de ne pas savoir où elle va. Elle semble en oublier certains personnages, comme la pauvre Marguerite qui disparaît durant tout un pan du film, sans explication. Et les portraits étant privilégiés par rapport à la narration, jusqu'à l'absence de résolution, les histoires n'évoluent pas. Dans un premier temps charmé, le spectateur en est vite réduit, par dépit et pour lutter contre l'ennui, à attendre le retour de tel protagoniste au dépend de tel autre. A ce titre, Frédéric Pierrot, avec son regard d'enfant un peu perdu, réussit à maintenir un intérêt à peu près constant, car empreint de drôlerie.
Dans sa volonté de faire jouer les personnages contre l'histoire, Ferreira Barbosa échoue par maladresse. Elle ne retrouve pas ici l'équilibre, déjà précaire, de J'ai horreur de l'amour, son précédent film. Cependant, son regard, souvent juste, s'allie à des dialogues aigus. Ces portraits, miroirs au poli mal fini, deviennent pertinents en nous renvoyant à la difficulté, essentielle, de se positionner dans l'environnement, qu'il soit matériel ou humain. Et la chose n'est pas négligeable.
La vie moderne
De Laurence Ferreira Barbosa
Avec Isabelle Huppert, Frédéric Pierrot, Lolita Chammah
France / Suisse, 1999, 2h03.