La Ville fantôme de David Koepp


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Souvenir des vivants



On aime les films de David Koepp, pour leur élégante simplicité, cette modestie mêlée d'assurance. Avec La Ville fantôme, le scénariste/réalisateur s'essaie à la comédie fantastico-romantique. Une réussite à la force tranquille avec un Ricky Gervais hilarant.
Comment encore douter qu'Hollywood ait signé, et signe encore, les meilleures comédies du monde ? Ce qu'on sait depuis au moins Chaplin et Lubitsch n'est plus à prouver : l'Amérique a le privilège de l'humour. Qu'elle soit débile ou sophistiquée, la comédie américaine est non seulement la mieux écrite et filmée, mais souvent la plus démocratique et universelle : un tour de force lorsqu'on sait combien le rire est affaire de folklore. Des films où l'on est donc toujours chez soi, en bonne compagnie, comme avec La Ville fantôme, première incursion dans la comédie romantique de David Koepp, scénariste superstar pour Zemeckis, De Palma, Raimi, Spielberg. Comme à l'accoutumée chez lui, au départ une idée de récit : Bertram Pincus (Ricky Gervais), dentiste misanthrope fuyant soigneusement la compagnie de ses semblables, est victime d'un accident à l'hôpital. Depuis, il voit des fantômes dans les rues de New York, et tous l'implorent de leur venir en aide. L'horreur, impossible d'avoir la paix. Mais l'un d'entre eux, Frank (Greg Kinnear), lui propose un deal : il débarrasse Pincus de ces spectres encombrants, et en échange ce dernier fait fuir l'amant de son ex épouse (Téa Léoni). L'affaire se présente alors plutôt bien, jusqu'à que notre bon dentiste tombe amoureux.

Charme et élégance sont les maîtres mots de cette Ville fantôme. D'abord ce scénario, qu'on sent écrit avec une curiosité de toutes les situations ; un souci des moindres rouages, classiques et limpides ; et un plaisir de chaque dialogue, précis, vif, d'une tenue digne d'un Woody Allen qui n'aurait rien à prouver. Koepp se glisse dans son récit avec une maîtrise d'horloger, son film s'articulant avec une évidence constante, sans forcer, souligner, ou se précipiter. S'en dégage une légèreté sereine teintée d'une douce mélancolie que rappelle la superbe ambiance automnale dominant le film, qui assume de laisser transparaître son goût pour le texte, cette joie d'inventer un monde et les personnages qui l'habitent. Et on ne lui en veut pas car Koepp est généreux, en plus d'avoir du style, sa fable prenant l'allure d'un conte moral à la Dickens avec une classe tranquille. Au brio du récit, explorant avec délices comment le plus égoïste d'entre tous redécouvre l'amour tandis que l'autre le perd pour toujours, répond le talent du metteur en scène. On le savait discrètement doué (Hypnose, Fenêtre secrète), il fait ici des étincelles, avec cette modestie du moindre plan ou raccord, un talent pour la belle économie traitant le fantastique avec évidence et minimalisme.

Koepp laisse vivre ici son goût des petites choses, son affection pour la série B, sans faire miroiter plus que ce que le film représente. Il est à sa place, lucide, honnête, entièrement dédié à ce qu'il possède : ce scénario amoureux et habile qui ne fait pas le malin, cette mise en scène fine et toute en simplicité, puis ses acteurs, Ricky Gervais en tête, dans un numéro qu'il connaît et maîtrise mais varie à la perfection. Il faut mentionner entre autres cette scène incroyable où l'acteur, coincé dans un bureau exigu, apprend d'une doctoresse insensée et d'un mystérieux colosse afro, son accident à l'hôpital. Dialogues de sourds qui s'entrechoquent, situation dérivant vers l'absurde, espace confiné jouant des proportions comme autant de déformations de la réalité, Koepp invente une scène délirante et géniale. Mais il y a surtout ce ton, dont Gervais est le guide : un mélange de cynisme irrésistible, créant parmi les situations les plus comiques (l'amant de Téa Léoni, héros de l'humanitaire tourné en dérision), associé à une découverte pudique du sentiment amoureux. Les deux, jamais contrariés ou annulés, cohabitant tout en suivant l'évolution du personnage en marche vers l'altérité. Beau film donc, drôle, émouvant, intelligent, où les fantômes sont les souvenirs des vivants.

La Ville fantôme
De David Koepp
Avec : Ricky Gervais, Greg Kinnear, Téa Leoni
Sortie en salles le 11 mars 2009

Illus. © Paramount Pictures France

Jérôme Dittmar

Le 09 March 2009

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