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D'un accès peu évident car avare d'explications et construit en longs et larges plans fixes, Lake Tahoe met du temps à démarrer mais s'avère être un joli film, assez original.
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Juan cherche la pièce qui lui permettra de réparer sa voiture. Mais dans cette bourgade mexicaine écrasée de chaleur, la vie s'écoule lentement et il trouve surtout une étonnante et loufoque galerie de personnages. Remarqué au festival de Berlin où il a reçu deux prix (FIPRESCI et Alfred Bauer), Lake Tahoe prend son temps pour livrer des clefs de lecture. Heureusement, des respirations salutaires, grâce à un humour à froid doucement absurde, maintiennent la curiosité du spectateur laissé ignorant des motivations inconscientes du protagoniste. Dans chacun des larges plans fixes, découpés de façon horizontale, Juan trimballe un air buté et une certaine vulnérabilité. Avec lenteur, il rentre d'un côté de l'écran, sort de l'autre, et nous laisse contempler, derrière lui, des paysages où les vestiges d'humanité témoignent d'une existence en pointillée autant que d'absences. Le charme de Lake Tahoe réside notamment dans cette lente et troublante manière d'enregistrer le vide.
Mais c'est seulement lors de l'émergence du thème caché, sciemment occulté par le réalisateur qui a choisi une forme épousant l'état d'esprit de son personnage, que s'impose une relecture gratifiante de cette mise en scène antonionienne. Les partis pris narratifs apparaissent alors pertinents. Le langage du corps, minimaliste, et les rares paroles du héros s'éclairent aussi à la lumière de cette information. Et l'on comprend mieux le choix de ces longs fondus noirs, utilisés en guise de transition, pour suggérer l'idée de mini-trous noirs, comme celui dont le héros a dû être victime pour réussir à emboutir la voiture familiale, en pleine ligne droite, contre l'unique réverbère d'une route large et peu fréquentée. L'ensemble peut alors se réinterpréter comme un rêve symbolique parsemé d'indices sur la psychologie du héros. Après avoir été bien dubitatif, on se dit finalement que Fernando Eimbcke est un réalisateur prometteur qui réussit un joli petit film, épuré et original.
Lake Tahoe
De Fernando Eimbcke
Avec Diego Catano, Hector Herrera, Daniela Valentine
Sortie en salles le 16 juillet 2008