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Peut-être l'arbre cache-t-il la forêt ? Programmé le même jour que Dancer in the dark à Cannes, entre les deux projections du mastodonte de Lars von Trier, cet autre film musical en compétition n'avait pas encore trouvé de distributeur et l'on craigniait de ne pouvoir le voir sortir sur nos écrans.
Les premiers plans du films sont pourtant d'une rare austérité : seul sur une scène au décor minimal, un chanteur de Pansori livre son incantation à la caméra (le Pansori opéra et conte coréen de tradition millénaire, joint à la grâce de l'interprétation lyrique la portée d'une narration simple et sublime destinée à être comprise de tous). Le plan est frontal. Nous ne savons pas encore qu'il s'agit d'une scène. La caméra n'offre rien d'autre que le cadre dépouillé d'une représentation théâtrale filmée. La voix incantatoire occupe tout l'espace. Elle est accompagné d'une unique percussion, lancinante.
S'engage alors l'histoire, jouée et mise en scène comme un conte filmé. Les costumes, les décors sont somptueux. Le scénario est alors comme une illustration littérale de la tradition. Au XVIIIe siècle en Corée, Mongryong rencontre et tombe éperdument amoureux de Chunhyang, fille de courtisane. Fils du gouverneur de la province de Namwon, il ne peut l'aimer sans déchoir. Ils se marient en cachette tandis que le jeune homme doit partir à Séoul et abandonner sa femme. Reviendra-t-il ? Seront-ils fidèles l'un et l'autre à leur amour ? L'histoire de Chunhyang relève à la fois du conte, du drame, du récit d'aventure, de la tragi-comédie - elle a tout du récit mythologique et Im Kwon Taek ne se prive pas de nous en faire partager les multiples facettes.
Théâtre et opéra filmé ? Adaptation littérale ? Nous avons envie de vous laisser découvrir ce film et de vous laisser porter par son inventivité sans vous en dévoiler les ressorts, tant la surprise de la mise en scène participe de sa grâce. Réalisateur virtuose, Im Kwon-taek, dont c'est le dix-septième film, avait, comme il l'a répété dans ses interviews, pour obligation de se démarquer des deux registres existants du théâtre et du cinéma. Des adaptations de Chunhyang réalisées pour le cinéma, il en existait déjà plus d'une dizaine en Corée. En réalisant le plus somptueux des films à costumes et en recourant à une mise en scène qui réfléchit savamment l'héritage du Pandori dans la Corée contemporaine, il déjoue l'éternel dilemme de la fidélité à la tradition en transportant admirablement tous ses spectateurs. Le film musical de la rentrée donc, et un chef d'œuvre de cinéma.
Le chant de la fidèle Chunyang Sélection officielle à Cannes Film coréen d'Im Kwon-Taek Avec Lee Hyo-jung, Cho Seung-woo, Kim Sung-nyu, Lee Jung-hun.