Le Dernier Samouraï de Edward Zwick


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Sabres d'argent et canons en or



Nous sommes en 1876 et le Cruise ressuscité sauve l'honneur de la grande Amérique. Les sabres rencontrent les canons des fusils, la brume se lève autour des cerisiers en fleurs. Sous le regard de Edward Zwick, Tom, l'acteur aux beaux pectoraux, redore le blason d'un pays qui aurait perdu son âme dans la vénalité et le commerce. Pendant ce temps, en 2003, en Irak…
1876. La nation de l'oncle Sam a perdu son honneur dans les luttes intestines et les guerres indiennes, successions de massacres et de morts innocentes. Un homme seul, Nathan Algren, va lui permettre de redorer son blason. Militaire alcoolique, il se rend au Japon pour former les soldats destinés à réprimer la rébellion d'une partie de la population. A l'aube de l'ère Meiji, le pays du soleil levant s'ouvre au monde après deux cent cinquante ans d'autarcie totale. Les Etats-Unis lui proposent leur savoir-faire militaire afin de soumettre les samouraïs, qui ont vu leur domination s'effondrer par cette ouverture, et obtenir en retour la signature d'un traité commercial. La lutte s'engage donc entre l'ancien et le moderne, le sabre et le fusil, et le sang coule à l'ombre du mont Fuji. Lors d'une bataille, Algren est fait prisonnier par le guerrier qui dirige le dernier foyer de résistance. Bien sûr, à son contact, il retrouve le soi-disant sens du mot « honneur » et choisit de rallier la cause qu'il était venu combattre.

L'argument offrait la possibilité d'un développement passionnant. Basé sur une réalité historique - en 1853, les Américains ont proposé au régime féodal alors en place au Japon de commercer avec le reste du monde ; s'ensuivirent une lutte armée et la démission du shôgun, rétablissant ainsi le pouvoir de l'empereur -, il permettait d'évoquer l'expansionnisme des Etats-Unis, pays qui a régulièrement utilisé son armée afin d'étendre son pouvoir économique. L'analyse n'aurait pas manqué d'intéresser en un temps où un certain pays du Moyen-Orient, aux immenses ressources pétrolières, a dû fléchir le genou devant des centaines de milliers de GI's venus paraît-il le libérer. Mais, on s'en doute, cette dimension du récit est majoritairement occultée, au mieux présentée de façon caricaturale.

On sait pourtant Edward Zwick passionné par la chose militaire. Réalisateur du suspect quoique prémonitoire Couvre-feu (datant de 1998, il décrit comment, à la suite d'attentats meurtriers, les musulmans résidant aux Etats-Unis sont parqués dans des camps, à l'instar des immigrés japonais durant la Seconde Guerre mondiale), il est aussi l'auteur de Glory et A l'épreuve du feu. Mais, si sa mise en scène aligne ici d'assez belles vues de champs de bataille, rehaussées par les contrastes entre la poudre et l'acier, l'infanterie et les armures ancestrales, elle est en fait entièrement soumise à Tom Cruise.

Ce dernier est devenu en moins de dix ans un cas à part dans l'industrie cinématographique. Seul acteur encore fiable au box-office, tous ses films sont d'énormes succès financiers, sans aucune exception. Depuis 1996, grâce à la société Cruise/Wagner, il est producteur des films dont il est le principal protagoniste, hormis Eyes wide shut et Minority report. Il contrôle donc entièrement son image. Piètre comédien, il n'en est pas moins une silhouette fascinante qui - par une science du geste et, disons-le, de la grimace - sait bouger face à une caméra. Son regard, son corps, mus par une certaine tendance à l'histrionisme et l'exagération, focalisent l'attention. Les films ainsi se suivent et se ressemblent. Ils paraissent remplir un cahier des charges. Se succèdent les mêmes scènes, « Tom est pris d'un coup de sang », « Tom devient fou », « Tom est défiguré ou meurtri », « Tom est torse nu », « Tom plisse les yeux »…, jouant d'une ambivalence entre sa belle gueule et la fissure intérieure qu'elle est censée dissimuler. Le tout se concluant toujours sur une image triomphante et apaisante, « Tom de retour au foyer », « Tom dans les bras de sa bien aimée ». L'orchestration de sa carrière est sans faille, jusque dans sa participation à des films dits indépendants. Ce Dernier samouraï, qui lui confère une figure vaguement christique, n'est donc qu'une pierre de plus au monument qu'il construit à sa propre gloire. Il devrait se méfier, car ça commence un peu trop à se voir.

Le Dernier samouraï
Réal. : Edward Zwick
Avec : Tom Cruise, Ken Watanabe, Timothy Spall, Billy Connolly, Tony Goldwin, Hiroyuki Sanaba.
Etats-Unis / 2003 / 2h24
Sortie nationale le 14 janvier 2004

Manuel Merlet Le 13 janvier 2004
- Les salles et séances du film sur allocine.com - Lire la chronique du film Eyes wide shut (Stanley Kubrick, 1999) - Lire aussi la chronique du film Légendes d'automne (Edward Zwick, 1999) - Le site officiel du film : www.lederniersamourai-lefilm.com