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Gros casting, gros effet d’annonce, gros ratage : Le Deuxième souffle meurt étouffé sous des références trop grandes pour le cinéma français contemporain.
Adapté du roman de José Giovani, et arrivant 40 ans après le film de Jean-Pierre Melville, Le Deuxième Souffle d’Alain Corneau est une tentative – ratée – de se replonger dans l’ambiance tendue des polars français des années 1960. On connaît l’attachement sincère du cinéaste pour les polars et pour des cinéastes allant de Melville au cinéma de Hong Kong, on connaît sa cinéphilie érudite. Pour autant, passer 2h36 devant son Deuxième Souffle laisse la désagréable impression d’avoir affaire à une parodie assez laide bien plus qu’à un hommage nostalgique, une œuvre composite qui ne parvient jamais à trouver son propre rythme.
Gu (Daniel Auteuil) est un condamné à la prison à vie qui s’évade et retrouve Manouche, sa compagne (Monica Bellucci). Il accepte un dernier hold-up pour l’argent, mais un commissaire tenace (Michel Blanc) lui tend un piège et parvient à le faire passer pour une balance. Pour l’honneur, Gu se lance alors dans une sanglante vengeance. Le scénario est en béton, et pourtant rien ne fonctionne ici. La reconstitution déjà, pêche de tous les côtés : à part Jacques Dutronc, aucun des acteurs ici présents ne parvient à en imposer « à la manière » de ces bêtes de scènes qu’étaient Lino Ventura ou Paul Meurisse. Qu’on ait ou non vu la version Melville du film, l’interprétation trop linéaire des Auteuil, Blanc et particulièrement la bien fade Monica (qui a cru que se teindre en blonde serait une performance suffisante pour faire exister son personnage !) affaiblit ici des scènes rendues mythiques chez Melville – qui filmait ces dialogues souvent très « à plat » car il misait sur le débit et la prestance de ses acteurs. Voir Michel Blanc se lancer dans la tirade du flic qui en impose et sait déjà tout sur les lieux de la tuerie, imitant le génial Paul Meurisse, résume en soit l’entier échec du film.
Sans doute trop respectueux de son modèle, Corneau signe ainsi un film souvent aux limites de la parodie, bien qu’il ait cherché à développer certains aspects du roman évacués par Melville. La comparaison est fatalement néfaste en ce qui concerne les acteurs, mais la question se pose aussi de la reconstitution historique qui, malgré un gros budget, est d’une laideur assez sidérante. Eclairés de vert ou de rouge, les intérieurs font tous penser à des maisons closes, tandis que les extérieurs sont peinturlurés sépia, sans doute pour faire plus « vieux ». Dommage qu’il ait à ce point voulu ressembler à l’original, car on imagine volontiers une retranscription du récit aujourd’hui, qui aurait été d’ailleurs de ce fait bien plus fidèle à l’esprit de Melville…
Alors que le spectateur commençait à se faire à ce ton en porte-à-faux et ces décors kitsch, tombant dans une somnolence bienfaitrice qui lui ferait presque pardonner ce montage plombant (2h36 !!!), le film bascule et nous entraîne vers son final sanglant. Corneau oublie tout à coup Melville pour lui préférer Johnnie To, et se fait plaisir avec des gunfight filmés au ralenti, la caméra virevoltant dans l’espace. Soudain, on semble entrapercevoir la véritable motivation du film et du cinéaste, son petit plaisir. Évidemment, là encore, on est loin du modèle, et la greffe opérée a du mal à prendre, mais au moins quelque chose nous tient en éveil. Dommage qu’il ait fallu 2h10 de mise en place pour en arriver là. Et bien peu de mise en scène entre temps.
Le Deuxième souffle
De Alain Corneau
Avec Daniel Auteuil, Michel Blanc, Monica Bellucci, Jacques Dutronc
Sortie en salles le 24 octobre 2007

Illus. © 2007 ARP - Photos Jérôme Prébois